Archives pour la catégorie Novembre 2014 : Afrique du Sud.

IMG_8676

Du parc Kruger aux soeurs voisines de Pretoria et Jo’bourg.

Comme pour le Lesotho, nous n’avons pas le droit avec notre location de traverser le Swaziland, ce qui nous faciliterait clairement la route ce matin alors que nous nous dirigeons vers Nelspruit. L’agence nous demandait pas loin d’un tiers du prix de la location en plus juste pour pouvoir traverser le Swaziland et le Lesotho.

On part aux aurores, pas loin de 7 à 8h de route nous attendent, et selon le Routard une bonne partie est en mauvais état, couverte de « potholes » le terme sud-africain pour parler des nids de poule (nid d’autruches serait plus approprié). Finalement, on longe une bonne partie de la frontière du Swaziland, les paysages seraient encore plus grandioses si la couverture nuageuse n’était pas aussi basse, cela dit l’important c’est de regarder la route, et d’éviter les nombreux piétons qui l’empruntent et nous font quelques frayeurs.

Nous logeons à Nelspruit, dans un backpack un peu bizarre, tenu par un couple de blancs qui ne connaît pas réellement le concept de ménage, et se contente de laisser sa vaisselle dans l’amoncellement de déchets qui trône dans l’évier, pour que la femme de ménage s’en charge le lendemain. Le seul intérêt de notre arrêt ici, est de pouvoir théoriquement partir tôt le lendemain pour le Parc Kruger dont une des sept portes d’entrée n’est qu’à 30 km d’ici. C’est vraiment une ville résidentielle, un peu morte, et en ce dimanche soir, on décide de se faire de délicieux burgers maisons, tous les restaurants étant fermés depuis bien longtemps. Rarement mieux servis que par soi-même question gastronomie ici. On réserve aussi nos hébergements dans le parc Kruger pour les 5 prochains jours en essayant de coller à notre budget, et en étant raisonnables sur les distances entre les différents camps où nous passerons les nuits.

Le problème de notre option camping, c’est qu’on a absolument aucun ustensile, popote etc.. Les camps fournissent seulement des plaques de cuisson mais rien d’autre. On est obligé de faire le tour des supermarchés à la recherche d’une casserole, et finissons chez Macro, une sorte de Metro/Ikea Sud Af, où l’on trouve de tout à des prix plutôt bas.. Seul problème, je n’ai pas ma carte Macro au passage en caisse :-), que je suis obligé d’aller me faire faire, aucun des employés ne comprenant pourquoi je viens faire mes courses ici, alors que j’habite.. à Paris.. Toujours est il qu’on en ressort avec un set de casseroles de camping ( qu’on risque bien de se trimballer jusqu’au bout de notre périple africain) et des provisions pour 6 jours (eau, céréales, liquide vaisselle) bien plus facile à transporter en voiture.

La route vers le parc Kruger est manifestement déviée ce matin, et on doit faire d’improbables détours sur des pistes de sable parcourant des villages paumés dont on ne soupçonnait presque plus l’existence en Afrique du Sud. Après une bonne heure et demie de route, nous voilà entrant dans le 3ème plus grand parc national africain, le plus ancien parc animalier au monde, un des plus étendus ( 350 km de long sur 60 de large) parcouru par 2500 km de pistes, 500 espèces d’oiseaux, 110 de reptiles, 150 mammifères.. Le Parc de tous les superlatifs en quelque sorte, qui fait figure d’immanquable pour quiconque vient en Afrique du Sud.

A peine vient t’on de faire une pause pic-nique dans une aire ultra aménagée (tri sélectif, plaques de cuisson, table de picnic avec parasol, grillages de sécurité) que l’on tombe nez à nez avec deux lions en pleine  sieste sous un arbre. 2 passagers d’une voiture les observant nous arrêtent pour nous dire de bien ouvrir les yeux et qu’à 7km de là une bande de guépards se la coule douce. L’entraide commence et l’ambiance est vraiment marrante, on ne croise pas grand monde et avons la chance de les repérer au bon endroit au bon moment même si les jumelles ne sont pas de trop, puisqu’ils sont à une cinquantaine de mètres de la route.

On a acheté un plan hyper-detaillé du parc, et qui avec celui que nous avions à HluHluwe nous permet d’être quasi incollables sur les 14 espèces d’antilopes, les nombreux oiseaux hyper colorés que l’on voit voler, la dizaine d’aigles différents qui peuplent le parc et qu’on croisera finalement beaucoup scrutant leurs proies potentielles du haut des arbres.. Les routes principales sont limitées à 50km/h et les pistes à 40 km/h, le tout surveillé par radars automatiques (on en a jamais vu). Il faut vraiment faire attention aux distances, puisqu’il faut être de retour dans les camps avant 18H30, mais qu’avec ces vitesses c’est un peu compliqué d’aller vite.. En gros il faut tabler sur une vitesse de 25km/h, incluant généralement les temps d’observations.

Notre premier camping est situé à l’extrême Sud Ouest du Parc, nommé Berg en Dal, où on pose la tente moyennant 15 euros à 2. Tout ici est hyper bien organisé, il suffit d’aller s’enregistrer à l’accueil du camp puis de poser sa tente là où on le souhaite dans le camping. On prend conscience du degré d’équipement du Sud Africain, on a vraiment l’air «ridicules» avec notre mini voiture et notre petite tente. Les 4×4 avec tentes sur le toit, ou les remorques qui en 5 minutes semblent se déplier pour former une maison, font légion dans le campement. A 18H30, nous sommes les seuls à ne pas déjà préparer notre barbecue. A 20h, pratiquement les seuls à commencer tout juste à se faire un dîner d’un plat de bolognaise dans l’espace cuisine. A 21h, tout le monde dort, sauf nous… Le rythme des prochains jours est donné.

Demain réveil aux aurores pour essayer d’être là au moment où la nature s’éveille et où le soleil ne chauffe pas encore trop les organismes. Le soleil est extrêmement matinal, et il n’est pas encore 5h15 que nous voilà déjà partis, la tente repliée et rangée, en se dirigeant vers les camps plus au Nord ( bien qu’on soit encore largement dans le sud du parc).

Heureusement on n'a vu que la toile, Parc Kruger.
Heureusement on n’a vu que la toile, Parc Kruger.

Un incendie intentionnel ou non allez savoir, a ravagé une bonne partie des environs du camp il y a quinze jours, mais à peine partis depuis 10 mn que nous voilà nez à nez avec une meute de lycaons (des chiens sauvages), une des espèces les plus rares du parc, extrêmement difficile à observer ( 200 bêtes dans le tout Kruger).. Ca commence bien. Ils sont très bien camouflés dans les sous bois et même après 20 mn ne semblent pas vouloir se réveiller. Pour ses animaux nocturnes, la « nuit » commence..

Lycaons, Parc Kruger.
Lycaons, Parc Kruger.

On croise aujourd’hui nos premiers gnous, et calaos (les toucans locaux). C’est en fin d’après midi, après avoir déposé nos affaires à notre camp de ce soir : Skukuza, la capitale du Kruger, que nous en prenons plein les yeux. En l’espace de 10mn, nous « bouclons » notre BIG 5, éléphants, buffles, rhino, un lion qui nous coupe la route comme si de rien n’était, et pour finir le tout un léopard qui nous observe peinard, là haut sur sa branche. Entre temps, nous avons passé un long moment dans une des cachettes du Kruger, spécialement destinés aux ornithologues en herbe, et autre photographes concourant au prix du plus gros téléobjectif (j’ai l’air tout aussi ridicule avec mon « petit » 70-200), en bord d’un point d’eau et où en plus d’assister au balai incessant de nombreux oiseaux colorés construisant leurs nids, tombe t’on nez à nez avec un crocodile de 5m de long qui se prélasse au soleil..

Ici les cachettes, sont un des seuls endroits (hormis les camps) où il est permis de sortir de la voiture ( à ses risques et péril cela dit, est il utile de le préciser) pour passer dans un étroit corridor protégé de l’extérieur par un grillage peu engageant  qui mène à la cachette ( ayant croisé des lions 50 mètres avant, je peux vous assurer qu’on a fait vite entre la voiture et la porte d’entrée du dit-corridor :))

Aigle, Parc Kruger.
Aigle, Parc Kruger.

Le camp de Skukuza, qui ne nous emballait pas tellement tel que décrit dans les guides (trop grand, trop usine) est en fait vraiment sympa, d’autant qu’on s’est offert une nuit en Safari Tent ( une tente en dur, avec lit, meubles, et même frigo à l’intérieur) en mode Out of Africa à notre budget. On s’oriente ce soir vers le sport national : le Braaii, ou barbecue. On s’achète une saucisse d’Impala ( qui comme les phacochères sont en surnombre ici dans le parc, et finissent dans les assiettes des visiteurs à défaut d’être mangées par des lions) ainsi qu’une invention locale la Braii Box ( où l’apogée même de la fainéantise, à savoir un cube de bois de cagette dans lequel est bloqué une énorme boule de papier journal fourré de charbon et d’un allume feu qu’il suffit d’enclencher pour que les braises soient prêtes quelques minutes plus tard, sans devoir s’occuper de rien d’autre.. un sacré concept).

Le réveil est encore plus matinal que la veille et nous retrouvons après plusieurs dizaines de minutes de disette photographique, face à trois lionnes qui s’amusent sur le bord de la route.  Nous restons fascinés par ces grands félins. Comme les bonnes choses ne viennent jamais seules, on tombe quelques mètres plus loin sur d’improbables oiseaux à la démarche surprenante : les Bucorves du Sud et à l’esthétique peu avantageuse. Un peu plus loin , un steenbok, la plus petite des antilopes, nous toise du haut de ses 50 cm au garrot.. :)

Sacrée fringale, Parc Kruger.
Sacrée fringale, Parc Kruger.

Nous rejoignons le camp de Satara, plus au Nord, en fait au centre du parc finalement. Il est réputé pour la grande facilité d’observation des fauves et des félins, et nous avons réservé deux nuits en plantant la tente. On y retrouve Anthony, un ami kiné parisien, qui par le plus grand des hasards, passe les deux mêmes nuitées que nous dans le camp, avec frère et soeur. L’occasion de se retrouver abrités autour d’un super braii sur la terrasse de leur bungalow, au cours d’une soirée pluvieuse mais très chouette.                                    Dans les environs, nous avons la chance d’observer un nombre incroyable d’animaux, notamment deux espèces de chacals, assez rares dans le parc.

Chacal, Parc Kruger.
Chacal à chabraques, Parc Kruger.
Impala attardé, , Parc Kruger.
Impala attardé, , Parc Kruger.
Dans la série.., parc Kruger.
Dans la série.., parc Kruger.
Martin-pêcheur pie, Parc Kruger.
Martin-pêcheur pie, Parc Kruger.

Aux aurores des hyènes nous suivent un long moment alors que le soleil se lève tranquillement.

Hyène, Parc Kruger.
Hyène, Parc Kruger.

Un guépard nous passe juste devant alors que nous sommes sur une des routes principales, il se dirige vers nous et passe à 50 cm de nos fenêtres alors qu’en face une horde de voitures vient essayer de le photographier et que de notre côté nous sommes vraiment tous seuls.

Guepard, Parc Kruger.
Guepard, Parc Kruger.

A coup de marches arrières bien maîtrisées, on arrive à le suivre un long moment alors qu’il tente de chasser quelques oiseaux dans un arbre, et qu’il essaye de se placer pour piéger deux mâles Impalas, qui déguerpissent suffisamment vite.

Tentative avortée, Parc Kruger.
Tentative avortée, Parc Kruger.
Grrrr, , Parc Kruger.
Grrrr, , Parc Kruger.

Quelques autruches plus tard, et autres superbes volatiles, notamment le rollier à long brin, d’une palette de couleur incroyables, et qui à l’habitude d’observer la vie de la savane posé sur une branche à mi hauteur. Le bleu turquoise de ses ailes est intense lorsqu’il les déploie pour s’envoler..

Rollier à longs brins, Parc Kruger.
Rollier à longs brins, Parc Kruger.

C’est aussi en ce moment la saison des naissances, et on croise beaucoup de tout petits petits, entre le zèbrillon qui n’arrive presque pas à marcher et le bébé éléphant tellement petit qu’il glisse dans la marre qui sert de verre d’eau à sa maman,  et qui se voit obligée de le rattraper d’un coup de trompe assuré. So cute !!

Le Kruger abrite 80% des rhinocéros encore présents sur terre, et nous n’avons pas encore eu la chance d’observer de rhinocéros noirs (en voie d’extinction,et dont le nombre est estimé à moins de 200 dans le parc). Le «poaching» (braconnage) est monnaie courante dans le parc, et le gouvernement même s’il prétend le contraire ne se donne pas vraiment les moyens de lutter contre ce fléau. Au cours de 15 derniers jours, 56 rhinocéros blancs ont été tués pour leur corne dans le parc. Actuellement la valeur d’un kilo de corne ( vendu essentiellement au Moyen Orient (vertus aphrodisiaques parait-il) et en Chine (condiment pour certains plats)) est la double de celle d’un kilo d’or, et on se dit que certains rangers doivent très certainement profiter de passe droit pour sortir sans encombre.

Amour en branches, Parc Kruger.
Amour en branches, Parc Kruger.

Alors que nous venons en 10 mn de tomber sur une famille d’éléphants, un guépard pas farouche et curieux, un rollier à longs brins qui prenait la pose, nous voici face à deux rhinocéros noirs, quasi inobservables dans le parc, et que beaucoup cherchent des heures et des jours sans trouver..

Rhinocéros noir, Parc Kruger.
Rhinocéros noir, Parc Kruger.

Ils sont plus petits que leur homologues blancs, ont une mâchoire en triangle bien distinctive, et semblent surtout beaucoup plus toniques et agressifs. On garde nos distances mais savourons ce moment avec joie, d’autant que nous sommes encore une fois relativement seuls. C’est vraiment ce qui nous plaît depuis quelques jours ici, ce hasard de tomber nez à nez avec un animal surprenant, et pas encore observé alors que l’on tourne sans voir grand chose depuis 2h. Souvent tout s’enchaine, et  nous observons 2/3/4/5 espèces différentes en très peu de temps. Les paysages évoluent également beaucoup à mesure que l’on remonte vers le nord, devenant bien plus arides, même si les herbes sont encore hautes et rendent plus ardue qu’en été l’observation des animaux.

L'hippopotame se prélasse, Parc Kruger.
L’hippopotame se prélasse, Parc Kruger.
Un babouin, un peu plus loin, Parc Kruger.
Un babouin, un peu plus loin, Parc Kruger.

La chaleur suffocante entre 10h et 16h nous fait souvent rentrer au camp, où nous profitons de la piscine pour nous rafraîchir, et prendre un café, avant de repartir de plus belle en fin d’après midi quand les prédateurs partent à la chasse, et que les animaux sortent de l’ombre.

Notre « tableau de chasse » est vraiment conséquent, et nous nous émerveillons sans cesse ( surtout devant les couleurs incroyables d’oiseaux jusqu’alors inconnus qu’on croise ça et là). Alors que notre dernière journée se profile, nous voudrions vraiment tomber nez à nez avec un léopard, n’en ayant observé «qu’un » pour le moment. Nous dormons ce soir au camp de Balule, un camp hyper intime sans électricité en plein coeur de la nature, où nous avons réservé une des 6 petites huttes que compte ce dernier ( quand on compare aux 1000 lits que compte le camp de Skukuza d’il y a trois jours on est vraiment tranquilles). Le ciel quand nous arrivons est électrique comme rarement, et nous sommes bien contents de ne pas dormir sous tente, d’autant que le sol semble bien dur. Le vent souffle de plus belle, et les éclairs impressionnants illuminent les environs. Le déluge s’abat sur le parc toute la nuit durant.

Au petit matin, la température s’est bien rafraîchie, et a donné faim à nombre de prédateurs.. 4 jeunes guépards se partagent un oiseau sur le bord de la route, avant de se léchouiller mutuellement.. Un peu plus loin nous tombons sur un combat de hyènes pour savoir laquelle d’entre elles n’aura pas le droit de manger l’Impala qu’elles viennent de chasser..

Le festin, Parc Kruger.
Le festin, Parc Kruger.

On est pas loin des hauts le coeur, à voir le manque de délicatesse avec lequel elles se jettent crocs en avant, et déchirent les chairs sans faire le tri… On ne désespère pas d’observer un léopard, et après moultes efforts ( et un peu de chance aussi) tombons sur une scène un peu cruelle (c’est la « loi de la jungle » cela dit) d’un léopard qui joue avec un mini-bébé phacochère. Il lui assène de grands coups de pattes tel un chat, et le tue finalement à petit feu après une lutte pas très équilibrée.. Le pelage et les grands yeux clairs du félin sont d’une grande beauté, et nous font lui pardonner sa « cruauté ».

Léopard, Parc Kruger.
Léopard, Parc Kruger.

22/11/14 : nous quittons, non sans une petite pointe de nostalgie, le parc Kruger où nous nous étions habitués à cette ambiance si particulière qui y règne après 6 jours hyper chouette où nous avons été émerveillés par la diversité de la faune, des oiseaux, mais également par la facilité d’accès à ce parc pour toutes les bourses, et avec des camps de grande qualité..

Nous nous surprenons même à chercher des animaux le long de la route qui nous mène vers notre prochaine étape, le Blyde River Canyon, mais la traque de Big 5 est belle et bien terminée

La magnifique route 36 nous emmène au coeur du 3ème plus grand canyon du monde ! Nous passons par de larges vallées encaissées surplombées par de gigantesques falaises recouvertes d’un lichen vert (visiblement spécifique de la région). Le passage du col Abel Erasmus nous donnerait presque le vertige ! Après cette si jolie route nous installons notre tente au sein du « Forever Resort Blyde Canyon », un grand complexe touristique avec terrain de camping, bungalows, chalets, piscine, restaurant, épicerie, parcours de randonnées, parfait pour nous d’autant que le prix est très correct et que les emplacements de camping sont supers et nous avons notre propre barbecue comme toujours en Afrique du Sud !DSC01561

Nous partons en fin de journée au « Three Rondavels »  un des paysages carte postale les plus célèbres d’Afrique du Sud, que l’on peut observer à 2 km de là depuis un mirador payant. Nous ne sommes pas déçus, c’est vraiment époustouflant,  les trois énormes blocs rocheux auxquels nous faisons face ont bien la forme de rondavelles (les cases typiques du coin) et surplombent des falaises à pic se jetant 600 m plus bas dans le fleuve, qui serpente au sein d’une végétation luxuriante ! Les différents points d’observations offrent des vues sur  les hauts plateaux alentours ainsi que sur le barrage ! C’est vraiment très beau et nous nous prenons au jeu des photos « à qui ira le plus près du bord » ! A vous de juger 😉IMG_9379IMG_9365

Nous retournons dans notre « camping de luxe », qui possède lui aussi un mirador sur les Three Rondavels dont la vue est encore plus impressionnante, en plus d’être gratuite, avant d’aller diner au restaurant, seul endroit où il y ait le Wifi en théorie car dans la pratique il ne marche pas et nous voulons après une semaine sans internet relever nos emails. Enfin ça n’est pas bien grave nous en profitons pour nous rassasier plus qu’il ne le faut au buffet du restaurant :) !

23/11/14 :  nous quittons tôt notre camping car le programme est chargé aujourd’hui, nous voulons nous balader dans le canyon sans savoir encore trop où nous allons dormir ce soir.  Direction les  « Bourke’s Luck Potholes », de grosses marmites creusées par le torrent à la jonction des rivières Blyde et Treur.IMG_9434 Dans les tourbillons du torrent, les galets, tournant sans cesse taraudent et érodent la roche au point d’y créer ces marmites. Sur le papier ça nous plaisait bien mais le prix un peu excessif  scandaleux  pour observer ce phénomène  loin d’être spectaculaire comme annoncé et surtout l’arrivée de 2 bus touristiques Nouvelles Frontières chargés d’une centaine de personnes nous font fuir en essayant d’arriver avant eux aux différents points d’intérêt qui nous attendent plus loin sur la route, afin d’en profiter tranquillement.

Nous filons sur la route des cascades, qui pourrait être baptisée «  la route des péages à paysages » tant la monétisation de ces derniers est importante, chaque point de vue, chaque cascade, chaque mirador semblant privatisé, et un droit d’entrée ( pas forcément si inconséquent que cela) étant exigé à chaque fois. Nous décidons de n’en faire qu’une, d’autant que la couverture nuageuse est bien basse ( ce que les gardiens vous gardent bien de dire lorsque vous payez l’entrée) et que la God’s Window (un des seuls miradors gratuits) par laquelle on vient de passer nous a bien montré que les vues n’étaient vraiment pas dégagées ce matin.

Direction donc les Lisbon Falls, les plus grandes qui tombent de 92m dans un bassin naturel. On est loin des chutes Victoria mais la vue est plutôt chouette. Une fois de plus, les bus-cargo touristiques nous suivent à la trace et nous préférons suivre un petit sentier escarpé pour avoir une vue différente et plus tranquille sur les chutes ! Nous faisons une pause déjeuner dans le petit village de Graskop, où de riches Sud Africains beaucoup trop m’as-tu-vu, pleins de suffisance et d’inélégance, sont venus faire rugir les cylindres de leurs Ferrari ! Nous nous régalons de délicieux pancakes (butternut-feta-coriandre/bobotie) chez Harry’s Pancakes, une institution ici, avant de fuir cette ambiance spéciale de nouveaux riches dédaigneux en prenant la direction de Pilgrim’s Rest un ancien village de chercheurs d’or. la route qui nous y mène est superbe mais on déchante un peu en arrivant sur place, décrit par le Routard comme « un ancien village de mineurs, restauré avec goût et qui par chance n’a pas connu d’adjonction de bâtiments modernes », c’est en fait un faux village complètement restauré à la sauce Walt Disney et beaucoup beaucoup beaucoup trop touristique.. On fait un aller retour rapide le long de la rue principale bordées de petits maisons de pionniers colorées, mais encore une fois l’ambiance est très bizarre et nous partons poser notre tente à Sabie, une ville étape qui nous rapproche de Pretoria où nous devons aller le lendemain pour obtenir nos visas pour le Mozambique !

24/11/14 : Direction Pretoria, après 3h de route nous arrivons à l’ambassade du Mozambique qui -ce n’était pas précisé- ne prend plus de demandes après 12h, il est 12H30, on est coincés pour la journée et le gardien nous conseille de revenir le lendemain matin à partir de 8h avec le dossier complet, les 600 rands (45 euros), et nos photos d’identité !

25/11/14 :  l’accueil est glacial ce matin , alors que nous arrivons à 8H pétantes à l’ambassade. Sans confirmation écrite de réservation d’un hôtel au Mozambique ni dépôt sur le compte de l’ambassade depuis une banque bien particulière des 600 rands, impossible de demander un visa ( peut être que cela évite les dessous de table me direz vous, d’autant que le Mozambique est réputé pour être un des pays les plus corrompus au monde). Presque pas le temps de s’enerver contre cette imbécile mal lunée qu’on repart à l’hôtel faire une fausse réservation et déposer les 600 rands depuis l’antenne de la FNB d’un centre commercial ! Nous sommes de retour pile à temps, et la jeune femme qui étonnamment est maintenant de très bonne humeur nous dit de revenir en fin d’après-midi. Pretoria, la capitale sud africaine est une ville tranquille, à l’allure de ville-jardin résidentielle à l’opposé de sa grande soeur de Johannesburg, 50km plus au sud, et il n’y a pas grand chose à y voir ni à y faire. Sachant que nous devons rendre la voiture le lendemain matin, et que tout le monde nous a déconseillé de circuler à Johannesburg avec une voiture de location, nous profitons de l’après-midi pour aller visiter le Maison de Gandhi, la Satyagraha House et le Musée de l’Apartheid, principaux centres d’intêret de Jobourg, et un peu excentrés du centre ville si mal famé.

L’ancienne demeure de Gandhi est maintenant une maison d’hôtes de luxe rachetée par le groupe français « Voyageur du monde », mais dont la visite est ouverte au public. Gandhi est arrivé en 1893 en Afrique du Sud, appelé par une famille indienne vivant à Durban et désireuse de se faire représenter par un jeune avocat indien pour résoudre des conflits qui les opposaient aux Sud Africains.

Kallenbach, un architecte juif très renommé et très riche, dont Ghandi devint inséparable très rapidement après son arrivée en Inde, construisit cette maison, à l’architecture africaine, et avant gardiste ( les chambres donnant uniquement sur l’extérieur, et ne communiquant pas avec les autres pièces de vie de la maison). Ils y vécurent pendant 3 ans, en respectant chacun les  12 préceptes de l’idéologie de Ghandi ( maitrise de sa nourriture, contrôle de soi, chasteté,..)

C’est ici qu’ont germé la plupart des idées pour lesquelles il a lutté sa vie durant, notamment à son retour en Inde en 1914. Lors d’un voyage en train en 1891, Gandhi, malgré son billet valide, se vit refuser l’accès en première classe du fait de son origine. C’est après cet incident qu’il prend conscience de la ségrégation raciale opérée ici, le mettant face à la réalité de l’Afrique du Sud de l’époque et que débute son idéologie de lutte par la non violence. Satyagraha est le mot sanskrit utilisé par Gandhi pour nommer la résistance passive menée en 1906 par les indiens d’Afrique du Sud. Cette résistance passive fut déclenchée après le vote de deux lois discriminatoires : l’Asiatic Registration et le Transvaal Immigration Act. La première loi exigeait de tous les hommes indiens vivant dans la région du Transvaal qu’ils se fassent enregistrer au moyen de leurs empreintes digitales et la 2ème leur limitait le droit d’entrée dans la province. Gandhi se rendait compte que les complaintes, les pétitions n’étaient d’aucune utilité,  il fallait de nouvelles méthodes de lutte plus radicales ! Gandhi arrivé en dandy bourgeois changea radicalement, il rentra en Inde en 1914 pour mener son pays à son indépendance.

La maison quant à elle est superbement restaurée, et la visite guidée passionnante. Pour ceux qui en ont les moyens, on vous invite fortement à aller y passer une ou deux nuits si vous êtes en voyage à Johannesbourg.

Dans les toilettes de Gandhi, Jo'bourg.
Dans les toilettes de Gandhi, Jo’bourg.

Direction le Musée de l’Apartheid, immanquable du pays, que tout le monde nous a conseillé de visiter, et qui permet de mettre des mots et des « explications » sur les faits !! Nous avons chacun un billet différent pour ma part « white » et pour Octave « colored », pour pouvoir accéder à l’entrée nous sommes séparés comme l’étaient les blancs et les personnes de couleur durant l’apartheid, les entrées au musées ne sont pas les mêmes, on ne peut pas accéder aux mêmes salles dans un premier temps.. Cela met dans l’ambiance.

Arrivé au pouvoir en 1948,, après une campagne sur le thème du « péril noir » et prônant une solution radicale au problème indigène le parti national Afrikaaners met très vite en place les lois raciales de l’Apartheid. Comme le système ne fonctionne plus de gré, on le fera fonctionner de force : séparation physique des noirs, désurbanisation forcée, déportations de masse, classification par race. Devant l’indignation planétaire que cela suscite, le gouvernement tente de légitimer ses dispositions en renommant « bantoustans » les hypothétiques états souverains noirs promis à un «  développement séparé » mais partenaire du grand Etat blanc des maîtres, ce qui n’aura d’effet que de consolider les réserves internationales.

Le Population Registration Act de 1950 formalise la classification raciale de la population ( noirs, colorés, indiens, blancs..); examinant ongles, cheveux des suspects.. Les aberrations sont multiples et des familles voient certains de leurs membres classifiés « noirs » et d’autres «  métisses » leur interdisant de résider dans les même quartiers.. En 1985 le ministère des affaires étrangères reclasse plus de 1000 personnes : 702 « colored » devinrent « white », 19 « white » devinrent « colored » , 1 « indian » devint « white », 3 « chinese » devinrent « white », etc ,etc ,….abération totale du système !!

Le Bantu Education Act en 1953, à l’origine du fossé qu’il existe aujourd’hui dans les niveaux d’éducation entre blancs et noirs de la génération de nos parents, et qui bannit les non blancs du système éducatif normal et établit un système scolaire, puis universitaire différent conçus pour éliminer toute concurrence entre Blancs et Noirs. Seules les grandes universités anglophones du Cap et de Jo’bourg refuseront de s’y conformer, continuant à recevoir des non-blancs..

Au milieu des années 50 on assiste à une montée des révoltes, grèves et résistances (l’ANC de Mandela (African National Congress) actuellement au pouvoir, mais aussi Helen Joseph (femme blanche) et Lilian Masamba amies dans la vie qui auront lutté ensemble durant tout l’apartheid, rappelant malgré tout le rôle de certains blancs dans la lutte anti-apartheid. Elle va malheureusement de pair avec les arrestations, tortures, et exécutions arbitraires, encore plus nombreuses à la fin des années 70. Nous passons par la salle des cordes de pendus, qui vient rappeler le lourd tribu payé par les membres de l’ANC à la lutte anti régime, mais aussi par d’autres figures de la contestation comme Steve Biko, à l’origine du Mouvement de la Conscience Noire, assassiné en 1977 par la police et devenu une icône de la libération, une sorte de Che Guevara africain.

Un film d’une vingtaine de minutes est présenté sur la radicalisation de Soweto (SOuth WEstern TOwnship) à partir des années 1970 et surtout en juin 1976  pendant lequel 130 personnes furent tuées et plus d’un millier blessées lors d’affrontements avec la police. Les étudiants noirs de Soweto affluèrent par milliers pour manifester contre une loi les obligeant à apprendre l’afrikaans à l’école. Les images des manifestations ont fait le tour du monde déclenchant une immense vague d’indignation et de solidarité et renforçant considérablement la lutte anti-apatheid !

La visite se termine pour nous en 1990 avec l’abolition de l’apartheid par le président De Klerk et la libération de Nelson Mandela le 11 février 1990, peu avant qu’ils reçoivent conjointement le Prix Nobel de la Paix ! Pour la fin du musée, pas de répis, il faudra y retourner car à 17h extinction drastique des lumières et des écrans pour chasser les derniers visiteurs retardataires le musée ferme …  Nous n’avons pas tout à fait fini la visite mais impossible de voir quoi que ce soit nous sortons accompagnés à la lampe torche par les gardiens avec tous les autres visiteurs !! Ce musée est assez bouleversant il faut le dire.

Nous restons bloqués dans les embouteillages sur la 10 voies qui relie Jo’bourg à Pretoria, et ce pour la première fois depuis quasi 9 mois ! Ca nous fait bizarre et ne nous manquait pas tellement à vrai dire :)

26/11/14 : Ce matin direction l’ambassade pour récupérer nos précieux visas mozambicains ! Puis on file direction l’aéroport de Jo’burg rendre notre petite Hyundai qui va terriblement nous manquer ( à nous les bus africains dorénavant) et nous faire déposer gratuitement dans une auberge un peu quelconque où nous passons notre dernière nuit sud africaine.

Tout le monde nous parle de Soweto, locaux, touristes, guide du routard : »on y rencontre l’essence même de l’afrique du sud, visite incontournable ». Je me dis que nous pouvons éviter le côté voyeur et juste nous balader avec un guide dans la ville. Notre guide, mandaté par l’auberge, vient nous chercher en début d’après-midi et nous embarque dans sa voiture pour nous emmener à « Top of Africa » le plus haut building africain en plein centre de Jo’burg. La vue au sommet est vraiment chouette mais le quartier qui grouille en journée, est totalement déserté sur les coups de 17h quand les gens rentrent chez eux, et devient un vrai coupe gorge.. Les hôtels les plus luxueux (Carlton/Hilton) sont tous désaffectés et leurs bâtiments à l’abandon. Ce quartier, le Central Business District (CBD) abritait jadis les sièges sociaux des grandes multinationales qui se sont désormais réfugiées au nord à Sandton.

Vue du CBD depuis la M2, Jo'bourg.
Vue du CBD depuis la M2, Jo’bourg.

On se dirige ensuite vers Soweto, le plus grand des townships sud africains (120km2), qui est désormais une ville à part entière comptant près de 3,5 millions d’âmes, et le plus grand hôpital de Jo’bourg. C’est ici, mais aussi dans d’autres townships que s’est construite au fil des années la victoire contre l’apartheid.

Orlando Towers, Soweto, Jo'bourg.
Orlando Towers, Soweto, Jo’bourg.

Comme toute ville Soweto a ses quartiers de privilégiés avec maisons en dur, et d’autres beaucoup plus délabrés où siègent d’innombrables maisons de tôle sans accès à l’eau courante ni à l’éléctricité … 

40% de la population de Soweto est atteinte du VIH ( contre 13% nationalement officiellement)).C’est ici que nous nous arrêtons pour qu’un « guide » local prenne le relais et nous montre plus en détail son quartier. On nous avait annoncé qu’il étaient souvent plein de pep’s et d’ambition, et ravis de pouvoir partager leur vécu et leur avenir. Au final, le discours est larmoyant, hyper pessimiste et complètement faussé par cette relation local-touriste.

Alors que l’on est déjà assez mal à l’aise, quand au côté voyeur que semble prendre la visite, il nous explique au bout de 50m qu’on ne peut pas aller plus loin car ce serait trop dangereux mais que si on le souhaite on peut entrer dans une maison voir comment les gens vivent, et leur donner de l’argent ! Au secours !

On lui explique gentiment que l’on trouve ça étrange, voyeuriste et que l’on ne préfère pas, et visiblement ça ne lui plaît pas ! Il nous ramène donc directement à notre voiture et parle en zulu à tout son entourage, mécontent que nous ne l’ayons pas tipé pour les 3mn30 de speech dépressifs et culpabilisant déblatèrés ! On remonte donc dans la voiture un peu dégoutés de la tournure que prend la visite. J’ai l’impression que ce business de «  viens voir chez moi mon petit blanc comme tout est misérable » est vraiment surjoué et je n’y suis absolument pas sensible, et qu’on essaye de nous montrer une réalité de surface qui n’est pas la bonne, mais qui surtout est incompréhensible pour quiconque n’a pas « les pieds dans la merde ». Le tour de 4h ( qui n’en fait que 2 et demies au final) n’est vraiment pas donné, et on ne sait absolument pas où va l’argent, notre « guide-chauffeur » n’habitant même pas Soweto et se contentant seulement de payer les entrées ( bien plus abordables) des deux musées et de nous conduire d’un point A à un point B.

D’abord la maison de Nelson Mandela, qui n’a un intérêt que très limité, puis au Musée-mémorial Hector Pieterson qui retrace sur 3 niveaux les évènements de juin 1976 au cours desquels ce collégien fut assassiné par la police à l’âge de 13 ans et dont la photo de son corps porté par un inconnu est mondialement célèbre . Fin de la visite tout le monde rentre chez soi… Bon clairement on n’aura rien appris, rien vu, et payer très cher !! Ca n’était sûrement pas la bonne façon de découvrir Soweto

On rentre vraiment amères de cette dernière journée Sud Africaine mais tellement heureux de ces 4 semaines dans ce superbe pays !!!

IMG_7634

Garden Route, Drakensberg, Zululand : Les grands parcs nationaux !

On trace la route jusqu’à Hermanus, ville mondialement réputée pour l’observation des baleines (on ne vous met pas de photos, parce que sans vouloir jouer les blasés, elles étaient vraiment nettement moins près que le mois dernier en Patagonie et que le temps n’était vraiment pas terrible). Je booke une sortie le lendemain matin pour aller voir les grands requins blancs qui pullulent au large des côtes, et qui permettent de remplir les caisses de bons nombres de business centrés uniquement sur ça ici (le Shark Cage Diving). Charlotte quant à elle préfère ne pas se faire de frayeurs et décide ne pas faire la sortie… Le vent violent oblige finalement les organisateurs à annuler la sortie. Dommage pour l’expérience qui me tentait bien, non pour le sensationnalisme mais par simple curiosité, mais tant mieux pour le porte monnaie qui s’en trouve moins délesté.

04/11/14 : Les routes sud-africaines, sont vraiment en très bon état. La plupart sont des 2 voies, avec une voie d’urgence de chaque côté, beaucoup moins large et délimitée par une ligne jaune, que chevauchent systématiquement la plupart des véhicules lents pour se laisser doubler.. C’est aussi sur cette bande d’urgence que circulent les innombrables piétons le long des routes.. On a pas encore vu d’accidents mais vu la médiocrité de la conduite sud africaine (aucun clignotant, les phares uniquement quand il fait nuit noire, les très bonnes routes rectilignes qui donnent envie à tout un chacun d’appuyer un peu trop sur le champignon..) on se demande comment cela va se passer pendant 3 semaines..

4h de route nous séparent d’Oudtshoorn (ne cherchez pas c’est imprononçable, à moins d’avoir une ascendance hollandaise où une faculté gutturale démesurée), la capitale de l’élevage d’autruches, aux rues très larges, tracées à l’américaine.. Tous les paramètres ici (climat, relief, culture de la luzerne qui développe les plumes des autruches) ont favorisé le boom de cet élevage, centré sur la plume au début vers 1870, mais aujourd’hui beaucoup plus axé sur la viande et le cuir maintenant que les robes et autres chapeaux à base de plumes d’autruche sont un brin obsolètes.. Le CP Nel Muséum qu’on visite par temps de pluie, et qui retrace la vie locale aux siècles passés, est plutôt bien documenté, et nous en apprend pas mal sur les autruches, notamment que le volume d’un oeuf d’autruche (qu’on peut acheter dans tous les supermarchés de la ville) équivaut à 25 oeufs de poule, et qu’il faut en général une heure et demi de cuisson pour obtenir un oeuf dur.. :-) A vos minuteurs !

Le restaurant Nostalgie, non loin de notre hôtel, que nous nous offrons le soir venu est succulent. Carpaccio d’autruche et Bobotie national ( mix d’amandes hachées, de lait, de curry et de quelques légumes (butternut), cuit au four et assez divin) pour moi, un pavé d’Autruche (viande rouge et sans cholestérol, pour ceux qui ne connaissent pas c’est vraiment très bon) pour Charlotte.

05/11/14 : On part visiter une ferme d’autruches, très touristique il est vrai, mais un peu incontournable dans la région. La visite qui dure une petite heure continue de nous en apprendre davantage sur ces grands volatiles, notamment pour les amis kinés l’hyperflexibilité impressionnante de son rachis cervical, et sur la rigidité des coquilles d’oeuf qui doivent pouvoir supporter les 150 kilos du papa ( qui les couve la nuit pour que la femelle se repose, si seulement ils étaient tous comme ça, se diront certaines..).IMG_7498

On en profite pour faire quelques photos un peu cliché mais assez chouettes avec les stars de la matinée, qui nous toisent du haut de leur 2m à 2m70, et qui à défaut d’être intelligentes ( leur cerveau ne pesant que 40g, soit 7 fois moins que leur langue, et tenant dans une petite cuillère) ne sont pas aussi agressives qu’en liberté.

Ferme d'Autruches, Oudtshoorn
Ferme d’Autruches, Oudtshoorn

IMG_7518

Nous rejoignons ensuite la route du littoral, connue comme la « Garden Route » traversant bon nombres de parcs nationaux côtiers. On passe notamment par Knysna et ses superbes falaises (The Heads).

Vue de Knysna, Garden Route.
Vue de Knysna, Garden Route.

Cela rappellera peut être à certains (footeux) un épisode assez abracadabrantesque de quelques grévistes mi guignols – mi sportifs qui ne voulurent pas sortir d’un bus, un jour de juin 2010, pendant la Coupe du Monde, c’était ici, l’équipe de foot française en tête.. On a pas retrouvé le bus quant à nous..

Notre journée assez chargée, se termine au TsiTsikamma National Park, à une centaine de kilomètres à l’est, en remontant direction Durban. Sachant que nous sommes en Afrique du Sud pour un bon moment, et que l’on envisage de visiter pas mal de parcs nationaux, on s’est acheté la WildCard, qui nous donne accès de manière illimitée et ce moyennant 100 euros chacun, à la plupart des parcs du pays pendant 1 an. On ne s’en servira que pendant 5/6 semaines mais l’économie est réelle, d’autant qu’il faut  normalement repayer tous les jours une entrée plein tarif dans les parcs où nous comptons dormir..

Ce parc est réputé pour ses sentiers de randonnées, ses ponts suspendus, et les vues spectaculaires offertes sur l’Océan Indien déchaîné. Nous nous sentons en forme, et étant arrivés un peu tard sur le site, on décide de se speeder un peu et avalons la randonnée prévue pour durer 4h en moitié moins de temps. Les paysages sont dantesques !! L’arrivée sur une chute d’eau qui se jette à même l’océan est mémorable d’autant que nous sommes vraiment seuls (ayant bravé les recommandations affichées de ne pas s’y aventurer après 13h). Le coucher de soleil est sublime depuis les 3 ponts suspendus, mais nous devons sortir du parc avant qu’il ne ferme et rejoignons un super hébergement, le Tube&Axe où nous plantons la tente dans le vaste jardin (le camping sauvage est strictement interdit en AFS). Le lieu est superbe, et tout y est nickel (grand coin feu, piscine, sanitaires quasi privés, copieux petit dèj buffet le lendemain, dans une ambiance assez routarde et tous âges assez agréable.

06/11/14 :  Après avoir fait le plein (le litre de Super 95 est à 0,9 euros (13 rands)), on se dirige vers Addo, un petit lieu dit à 2h de là, où nous plantons la tente chez The Aardvark (recommandé par pas mal de forums (voyageforum.com) que nous utilisons de plus en plus, la plupart des guides de voyages ( Le Routard en tête) étant de plus en plus obsolètes avant même leur publication).

Le Addo National Elephant Park, où nous comptons voir nos premiers animaux en liberté du séjour, est le troisième plus grand parc du pays bien qu’il soit 25 fois moins grand que le Kruger qu’on visitera avant d’aller au Mozambique, et comme vous pouvez vous en doutez il est réputé pour abriter de nombreuses familles d’éléphants (700 spécimens).

Il se targue de posséder le BIG 7 ( le BIG 5  étant : buffle, rhino, éléphants, léopard et lion, auxquels sont rajoutés le requin blanc et les baleines) bien que sa partie côtière soit non accessible.

La particularité des parcs sud africains est qu’ils ont été créés au début du 20è siècle pour protéger les animaux qui étaient fortement chassés à l’époque, et qu’il existe contrairement aux grand parcs de Tanzanie et du Kenya, des barrières autour de tous ces parcs, pour que les habitants ne soient pas importunés par la faune. Cela dit, il n’est apparemment pas rare de voir certains animaux le long de routes nationales traversant les grands parcs, même si on est loin des grandes migrations du Serengeti.

Les routes à l’intérieur du parc sont en outre parfaitement bitumées, et il n’est vraiment pas nécessaire d’avoir un 4×4. Les formalités d’entrée dans le parc sont raccourcies avec notre Wild Card, mais il faudra quand même montrer patte blanche à la sortie et ouvrir le coffre pour être sur qu’on n’embarque une tortue.. ou un zèbre, qui sait..

On est la plupart du temps assez seuls sur ces pistes (les grandes vacances sud-africaines ne débutant que mi-décembre), et on s’amuse à essayer de scruter l’horizon à la recherche d’un pachyderme. Les plans du parc sont détaillés et les carrefours sont bien indiqués, rendant quasi nulle la probabilité de se perdre ici. On tombe nez à nez avec des zèbres par dizaines, beaucoup d’antilopes, des tortues, des kudus, élans du Cap et certains beaux oiseaux. La végétation du parc est assez courte (sorte de steppe) dans le Nord où nous sommes et il est facile de repérer les animaux.

On commence tout doucement, Addo Elephant Park.
On commence tout doucement, Addo Elephant Park.

On fait une petite boucle aujourd’hui avant de revenir le lendemain passer la journée sur les routes du parc.

07/11/14 : Le lendemain, nous arrivons aux aurores, pour avoir plus de chances de voir les animaux qui sortent de leur nuit lorsqu’il ne fait pas encore trop chaud. Une des règles d’or de la conduite dans les parcs, est de ne surtout pas rouler sur les bouses d’éléphants, qui contiennent des nombreuses épines d’acacias (qu’ils avalent on ne sait comment) susceptibles de crever les pneus, ainsi que de nombreux scarabées bousiers dont le balai est incessant sur les pistes, faisant des boules d’excréments d’éléphants comme nous faisons des boules de neige.

Bousier, Addo Elephant Park.
Bousier, Addo Elephant Park.

Nous tombons rapidement nez à nez avec un énorme mâle, qui traverse la route 10m devant nous.. Même en en ayant déjà vu au Kenya il y a quelques années, c’est quand même à chaque fois tellement impressionnant, cette façon de marcher au ralenti, sans faire un bruit malgré ses 5 à 6 tonnes, avec une élégance certaine. Quelques centaines de mètres plus loin, c’est la maman et son bébé, pour le plus grand attendrissement de Charlotte. Les éléphants communiquent entre eux avec des fréquences inaudibles pour nous autres petits humains, mais on tâche de ne pas trop les déranger.

Le thermomètre continue à grimper au cours de la matinée, et en se dirigeant vers les points d’eau on tombe sur une famille d’une bonne quinzaine d’individus (un mâle dominant, entouré de plusieurs femelles et de leurs progénitures).

Le grand pachyderme, Addo Elephant Park.
Le grand pachyderme, Addo Elephant Park.

On reste là un bon moment à les observer, en veillant à garder une distance de sécurité avec eux, les accidents n’étants pas si rares à ce que nous ont dit certains rangers, d’autant lorsqu’il y a des bébés. On continue à arpenter le parc en étant néanmoins contents de ne pas voir tous les animaux d’un coup (ce serait trop facile, et nous comptons passer pas mal de temps dans les parcs du Nord dans quelques semaines). Les autruches que l’on croise ça et là, continuent de nous renforcer dans l’idée que leur plumage (noir des mâles, gris des femelles) n’en est que sublimé lorsqu’elles sont en liberté et non en fermes. Après une longue journée dans le parc nous rentrons avec de belles images ! Le lendemain une exténuante journée de voiture nous attend pour aller dans le Drakensberg ! Beaucoup choisissent de prendre l’avion, entre Port Elizabeth et Durban pour éviter ces 900 km de routes sans grand intérêt.. Au final on passe pas loin de 11h sur la route (en excellent état cela dit), en passant par de splendides paysages montagneux à l’approche du Drakensberg.. Nous arrivons juste avant la nuit et en profitons pour poser la tente dans un backpacker plutôt agréable, à Underberg : Khotso Backpackers.

9/11/14: notre objectif est de gravir le Sani Pass, le col frontière qui sépare l’Afrique du Sud du Lesotho à près de 2500m d’altitude. Il faut pour cela passer par le poste frontière sud-africain, situé 950 mètres en dessous de son homologue Basotho, où nous devons laisser notre voiture, la piste d’accès au col étant réservée aux 4X4. Nous sommes ce matin les seuls à vouloir engager l’ascension à pied, et nous faisons dépasser par une ribambelle de 4×4 d’agences hors de prix qui ne nous branchaient pas spécialement.. Charlotte se fait violence pour arriver en haut mais finalement nous n’accusons qu’une petite heure de retard sur les agences à l’arrivée, et n’avons pas été délestés des 50 euros/personne demandés pour l’ascension en voiture. Plus nous avalons du dénivelé, plus les vues majestueuses s’ouvrent sur le massif du Drakensberg, c’est assez grandiose, d’autant que la végétation est extrêmement différente d’un versant à l’autre..

Sani Pass, Drakensberg.
Sani Pass, Drakensberg.

On est vraiment ravis de mériter cette arrivée après une ascension loin d’être facile..

Sani Pass, Drakensberg.
Sani Pass, Drakensberg.

Nous sommes obligés même si nous ne restons pas au Lesotho ( la plupart des tours y faisant une brève excursion pour aller voir un « pseudo » village authentique Basotho) de faire tamponner nos passeports à notre plus grand désarroi, le potentiel manque de pages en fin de parcours asiatique se faisant de plus en plus sentir.. Petite anecdote au passage, cela pourrait vous servir pour les parties de Trivial Pursuit au coin du feu, le royaume du Lesotho, entièrement enclavé au sein de l’Afrique du Sud, possède le point bas le plus haut du monde (1400m), en d’autres termes 100% du pays est au dessus de cette altitude, en faisant le plus haut pays du monde.. :)

On déjeune dans le pub le plus haut d’Afrique, autour d’un burger médiocre loin de tous ces superlatifs mais qui à le mérite de nous redonner des forces pour la descente.. Le temps s’est découvert peu à peu, et le soleil brûle littéralement. On rejoint finalement notre tente, sous un coucher de soleil des plus grandioses.

Il a encore un buisiness ici :)
Il a encore un buisiness ici :)

10/11/14 : On voulait essayer d’aller se balader aujourd’hui dans la partie Nord du Drakensberg, mais le temps est vraiment menaçant et couvert, et l’idée de faire une matinée de grimpette pour se retrouver nez à nez avec des nuages et sans aucune vue ne nous enchante guère. On s’oriente vers une grosse journée de route ce matin puisque l’objectif est finalement de rejoindre la ville de Santa Lucia sur la côte, à 4h d’ici, en essayant de contourner Durban, le plus gros port d’Afrique qui est sur notre chemin et ne nous emballe pas forcément. L’essentiel du trajet se passe sous la pluie, le long d’une autoroute d’excellente qualité, comme une bonne partie du réseau sud-africain finalement, qui on l’imagine a du profiter de la Coupe du Monde de Football 2010 pour s’améliorer. Bizarrement à peine arrive t’on dans le Zululand, qui n’a accueilli aucun match, que les routes sont cette fois ci sacrément moins bien entretenus, comme si cette région ne devait pas faire partie de la « carte postale » 2010, où la corruption et les pots de vins du gouvernement de Zuma, étaient monnaie courante.

Arrivés à Santa Lucia, l’hôtel dans lequel nous comptions poser la tente a changé de direction, et est en travaux de manière à changer aussi de standing.. On arrive à nous privatiser une double au prix d’un dortoir. Santa Lucia, est connue pour abriter un des plus longs estuaires du continent, peuplé d’hippopotames et de crocodiles, ainsi qu’une plage infestée de requins blancs, taureaux et bouledogues.. La plage la plus dangereuse du monde en quelques sortes, sur laquelle nous nous promenons quelque peu à reculons, et en redoublant d’attention, ce serait dommage de se faire charger par un hippo en cette fin d’après midi..

On est prévenus, Santa Lucia.
On est prévenus, Santa Lucia.

Surtout qu’il n’est pas rare d’en croiser la nuit s’abreuvant dans les piscines des hôtels.. Légende ou réalité, on a préféré ne pas aller vérifier de nos propres yeux. Pour ceux qui en doutaient, les hippos – ayant la fâcheuse tendance à charger (surtout les juvéniles) quiconque se trouverait entre eux et leur point d’eau- sont responsables du plus grand nombre de morts en Afrique, bien loin devant les requins, lions ou autres crocodiles.

11/11/14 : Nous profitons d’une accalmie le lendemain après midi pour partir à la rencontre de quelques colonies d’hippos, et de beaux volatiles dont quelques superbes hérons et un martin-pêcheur géant, à bord d’un bateau qu’on doit partager avec une trentaine de septuagénaires américains assez caricaturaux, dont la moitié est tellement liftée qu’elle en a du mal à décrocher le moindre sourire à l’approche des dits bestiaux.. Oh my godness !!! Ce n’est pas bien grave, on en prend plein les yeux pour eux. :)

Hippopotames, Estuaire de Santa Lucia, Zululand.
Hippopotame, Estuaire de Santa Lucia, Zululand.

12/11/14 : nous décollons sous la pluie pour le Cap Vidal, à 35 km au Nord, qui comme l’estuaire de Santa Lucia, fait partie de L’Isimangaliso Wetland Park (on se demande bien pourquoi il est utile de préciser « parc humide »).

Mandela avait décrit ce parc comme « l’unique endroit au monde où les plus vieux (rhinocéros) et les plus grands (éléphants) mammifères terrestres partagent le même écosystème que les plus vieux poissons de la création (coelacanthes) et les plus gros mammifères marins (baleines) » Tout est dit.  Il ne fait toujours pas spécialement beau ici, mais on passe entre les gouttes. Le Cap Vidal, est en fait un long cordon dunaire parallèle sur des kilomètres à une superbe plage de sable blanc. C’est vraiment somptueux !!!

Plage de Cap Vidal, Isimangaliso Wetland Park, Zululand.
Plage de Cap Vidal, Isimangaliso Wetland Park, Zululand.

Ici pas de requins, mais beaucoup de courant. Un peu plus dans les terres, une zone humide entre terre et mer, où l’on croise girafes, rhinocéros, phacochères et autres singes grivet (reconnaissables à leur scrotum bleu fluo ! ). On se dirige ensuite 75 km plus au Nord, vers le village de HluHluwe (se prononce chouchou oué en zulu) d’où nous comptons aller visiter le lendemain la réserve de Hluhluwe-Imfolozi, réputée pour être un haut lieu de conservation des rhinocéros blancs, et noirs.

Nous arrivons à Hluhluwe en fin de journée direction une auberge backpacker située à peine à 1km de l’entrée du parc, cela nous semble parfait. Mais impossible de trouver l’auberge nous arrivons directement à l’entrée du parc ! Demi-tour et nous roulons au ralenti pour enfin dégoter la « fameuse » auberge qui se trouve être à moitié en ruine.

Il ne nous reste qu’à chercher autre chose et vite car la nuit ne tarde pas à arriver ! Nous atterrissons à quelques kms de là au BushBaby Lodge dans lequel nous pouvons planter la tente dans une superbe aire avec électricité, sanitaires nickel, et petite table pour dîner face à la grande piscine ! A 19h la propriétaire des lieux vient nous chercher car c’est l’heure du dîner des « bushbabbies » , de petits lémuriens qui ont élu domicile dans un des arbres du lodge ! Pas très sauvages ils viennent tous les soirs chercher leur dîner, pour notre plus grand plaisir.

13/11/14 : Ce matin nous partons relativement tôt pour le parc de Hluhluwe-Mfolozi, prêts à traquer toute la journée les animaux. On commence doucement mais sûrement par croiser une jolie girafe qui nous observe de bien haut et se demande sûrement pourquoi nous sommes là ! Il ne fait pas encore trop chaud, il est tôt mais malheureusement on ne voit pas grand chose pour ne pas dire rien !!! On quitte la route goudronnée pour s’enfoncer plus dans la savane mais là non plus notre recherche n’aboutit à rien. Il est temps de faire une pause et de se rafraichir au centre d’informations, où nous avons l’impression d’être les seuls touristes du parc ! Nous repartons direction l’ouest du parc et l’on croise enfin une voiture qui nous fait signe d’emprunter une petite boucle. Après quelques mètres on tombe face à face avec une famille de rhinos blancs facilement reconnaissables par leur lèvre supérieure « carrée » contrairement aux rhinos noirs qui possèdent une lèvre supérieure pointue et sont bien plus en danger et difficiles à observer, le braconnage étant monnaie courante en Afrique du Sud. On peut aussi les différencier à leur alimentation puisque les rhinos blancs se nourrissent d’herbe alors que les rhinos noirs mangent les feuilles, bourgeons, rameaux épineux de buissons et d’arbustes.  Tout le monde nous a mis en garde, il ne faut pas trop approcher les rhinos noirs car ils sont très agressifs et peuvent vous charger à tout moment. Ceux là sont blancs mais incroyablement costauds, avec des cornes immenses et pointues comme jamais ! Il fait chaud et c’est l’heure du bain dans la mare à boue, ils se roulent dedans et une fois bien crottés s’affalent à l’ombre ! Mais il semble que l’on gêne un peu et leur regard insistant nous fait dire qu’il est temps de déguerpir ! Nous repartons plein d’espoir en se disant que notre après-midi sera bien plus productive que notre matinée et en effet, nous croisons des familles de girafes, d’éléphants, … Bon mais maintenant nous on aimerait bien voir des fauves, lions, guépards, léopards même s’il est difficile de les observer ! A force d’insister on tombe par hasard sur 3 voitures à l’arrêt face un couple de lion/lionne en pleine sieste à 5mètres ! On coupe le moteur et décidons d’attendre et de voir ce qu’il se passe, 5, 10, 15, 25min, rien à part quelques mouvements d’oreilles. On part, on reste ? On décide de rester contrairement à nos voisins qui s’en vont ! A peine 5 min plus tard Mr se réveille avec une envie irrépressible et nous assistons à une scène de sexe entre un lion avide et une lionne endormie….

Wazaa ! Parc d'Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.
Wazaa ! Parc d’Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.

Le lion un peu circonspect essaye de la réveiller en la léchant, la mordant, mais rien à faire, la lionne dort à point fermé, tant pis il continue son affaire ! Une fois terminé le lion se retourne vers nous pour montrer les crocs et se rallonge de plus belle !

Wazaa ! Parc d'Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.
Wazaa ! Parc d’Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.

Sur le chemin du retour juste à la sortie du parc nous assistons à une démonstration de force d’un éléphant craignant de se faire piquer sa petite marre d’eau par 3 buffles ! Mieux vaut ne pas contrarier le pachyderme assoiffé, les buffles tentent quelques approches mais l’éléphant agite ses oreilles, gratte le sol avec ses pattes et charge d’un coup en levant très haut sa trompe ! Spectacle magique qui nous tiendra en haleine pendant 30 min, avant que la nuit tombe, et que les esprits se calment.

Une colère pachydermique, Parc d'Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.
Une colère pachydermique, Parc d’Hluhluwe-Imfolozi, Zululand.

14/11/14 : Nous quittons tranquillement notre camping de Hluhluwe pour nous diriger ce matin vers le parc de Mkuze réputé pour ses oiseaux (plus de 400 espèces) et ses superbes paysages : foret d’eucalyptus, acacias, savane herbeuse !

Mais avant de partir un couple d’octogénaires anglais très branchés safaris, observation d’animaux nous met en garde sur l’état de la piste d’accès au parc ! Bon nous sommes avertis on verra bien, s’il faut on rebroussera chemin ! Après une petite heure de route et une piste franchement très praticable nous voilà à Mkuze, petite déception notre Wild Card ici ne fonctionne pas, nous devons nous acquitter d’un droit d’entrée de 131 rands ( 9 euros pour nous deux et la voiture). Nous arpentons tranquillement le parc qui est en effet moins riche en animaux mais beaucoup plus vert, vallonné, que les précédents. On croise malgré cela de gros babouins pas pressés se cherchant les poux au beau milieu de la route, des kudus, des impalas (toujours très voire trop nombreux); après plusieurs minutes de conduite sur une belle route celle-ci s’arrête et nous devons emprunter les pistes pour accéder aux abris d’observation des oiseaux. Celles empruntées à Addo et à Hluhluwe étant relativement bonnes on ne s’en fait pas, mais après quelques mètres notre petite voiture, peine légèrement … la piste devient difficile avec non pas des cailloux mais de grosses pierres, des nids de poules de 30 cm de profondeur, bon on serre les fesses et on y va direction le premier abris à oiseaux; pas âme qui vive ! C’est parti pour refaire la route dans l’autre sens et accéder au second abri, mais la piste est encore pire que la précédente et notre voiture ne passe pas, on ne force pas et rebroussons chemin. On ne désespère pas et partons une nouvelle fois à la quête d’oiseaux mais rien ne se profile à l’horizon ! Un peu dépités nous décidons de partir du parc après 2h30 de galère sur piste et rien à voir malheureusement !

Il faut qu’on rejoigne le village de Kwangwanase (ou Mangousi on a pas bien compris …) à l’entrée de Kosi Bay située à près de 250km de là et nous ne voulons pas conduire de nuit, absence totale d’éclairage, piétons et animaux sur la chaussée, il faut etre vigilant ! Kosi Bay est située au coeur du Kwazulu Natal (Zululand) à quelques kilomètres à peine du Mozambique entre la terre et l’océan !

Pour entrer dans cette fameuse baie il faut être équipé d’un 4*4 donc pas possible pour nous d’y dormir mais nous nous dégotons une petite auberge sur les hauteurs du village situé à quelques km à peine de l’entrée de la baie. Nous sommes complètement seuls  ! « Innocent » nous accueille dans son auberge, ensemble de petites cabanes en bois avec un sol en béton ciré, de joli draps aux motifs ethniques et des prix vraiment raisonnables. Les horaires d’ouvertures au Zululand, sont généralement de 9h à 17h00, autant dire que c’est râpé pour nous pour trouver quoi que ce soit d’ouvert ce soir pour faire quelques courses. On se contente du peu de semoule et du fond d’huile d’olive qu’il nous reste au fond du sac.. Uhmm :)

15/11/14 : Le lendemain matin, nous décidons d’aller au plus près de l’entrée de la réserve avec notre voiture, et plutôt que de se payer un luxueux 4×4 pour faire 30 mn de piste, décidons fidèles à nous même d’y aller à pied. On trouve un raccourci passant par une petite forêt qui coupe à  de nombreuses reprises la piste des 4×4. En moins de 20 minutes, nous atteignons déjà une des lagunes dans lesquelles de nombreux pêcheurs relèvent leur fishing traps, sortes de pièges à poissons.. Nous rejoignons Kosi Bay quelques minutes plus tard, où l’océan rejoint les lagunes d’eau douce, en dessinant de nombreux bancs de sable sur la plage, que des colonies d’oiseaux semblent habiter avant d’aller pêcher.

Kosi Bay, Zululand.
Kosi Bay, Zululand.

On a le sentiment pendant un long moment d’être seuls sur une île déserte, jusqu’à ce qu’un groupe de locaux complètement éméchés arrive en 4×4, musique à fond, et bien insistants question reluquage…

Kosi Bay, Zululand.
Kosi Bay, Zululand.

Alors que le temps se gâte assez vite, et que le vent cesse d’un coup, laissant présager quelques giboulées, nous décidons de rebrousser chemin..

On laisse quelques traces à Kosi Bay, avant la marée haute.
On laisse quelques traces à Kosi Bay, avant la marée haute.

Le timing est quasi parfait d’autant que l’on se fait rapidement encercler par un ciel électrique comme jamais, on presse le pas en n’essayant de ne pas trop paniquer lorsque nous passons à côté de troncs d’arbres foudroyés.

Nous nous préparons à dîner lorsque « Innocent » nous invite à partager un braii (barbecue) typique sud africain avec sa famille et des amis, nous acceptons avec plaisir ! Les femmes préparent une pâte à base de farine de mil tandis que les hommes font cuire la viande sur le braii. Nous sommes ensuite invités à nous laver les mains dans une bassine d’eau savonneuse avant de dîner avec les mains mais il ne faut utiliser que sa main droite et pour moi qui suis gauchère le pli se fait moins naturellement ! L’ambiance est sympa, mais les femmes ne parlant pas l’anglais il est difficile de communiquer avec elles. Nous en profitons pour discuter avec Innocent qui nous raconte comment se passent les mariages Zulus, et nous conseille vivement d’aller visiter Soweto (le plus grand township de Jo’burg) lorsque nous y serons, et en vient à nous avouer qu’il n’est pas le prétendu propriétaire de l’auberge mais un des employés.. Sur le papier ça ne change rien mais on ne comprend pas l’intérêt de nous mentir de la sorte, et on se dit qu’il est vraiment difficile ici d’avoir des rapports un peu honnêtes avec les locaux, la mise en scène semblant quasi perpétuelle.

Nous allons nous coucher car demain nous reprenons la voiture direction Nelspruit notre porte d’entrée pour visiter le Kruger National Park !

On vous embrasse !!

Les choc.

DSC01387

La Région du Cap, nos premiers pas en terres africaines.

Après 18h de voyage entre Bilbao et Le Cap nous voilà enfin sur un nouveau continent : l’Afrique !

Nous avons tous les 2 une expérience africaine : le Burkina Faso pour ma part (il y a très longtemps), l’Ethiopie et le Kenya pour Octave. Mais une fois les roues posées au sol, les portes de l’avion ouvertes on découvre que l’aéroport du Cap n’est pas le même que celui de Ouagadougou ou bien d’Addis Abbeba, ici c’est grand, propre, frais, beau et blanc ! Après une bonne heure de queue nous voici enfin à la douane pour nous faire tamponner notre visa.

Notre premier contact sur place, à savoir la très pédante agent d’immigration nous demande, à notre grande surprise, notre billet retour pour la France, on lui explique que nous faisons un tour du monde et qu’après l’Afrique du sud nous allons au Mozambique que nous n’avons donc pas notre billet retour. « En l’absence de preuve de sortie du territoire je ne vous laisse pas rentrer » nous rétorque t’elle assez sèchement. Elle nous confisque donc nos passeports, nous fais sortir de la file et nous envoie avec un « garde » au bureau d’achat des billets d’avion. On réexplique notre histoire mais impossible de les convaincre, c’est soit on rachète un billet pour la France soit on nous réexpédie illico dans un avion Air France pour Paris. Nous sommes complètement dépités parce que nous n’avons pas les moyens d’acheter un billet pour rentrer … On nous rembarque donc dans la salle des « sans visa », un responsable vient nous voir et les négociations commencent ! Au bout de 3h on réussit enfin à les convaincre de nous laisser entrer en échange d’un achat de billets de bus pour le Mozambique !! Bref nos débuts en Afrique sont un peu compliqués mais tout est bien qui finit bien, ou qui commence bien vous m’aurez compris. On se paye un taxi après toutes ces aventures pour notre auberge de jeunesse où l’on se dégote un dortoir au prix franchement excessifs pour le service, mais il va falloir s’habituer ici, les doubles seront clairement hors-budget.. Les hôtels backpackers que nous avons tout fait pour éviter en Amérique du Sud, font légion ici, et risquent de faire partie de notre lot quotidien. d’où l’intêret aussi d’avoir ramené notre tente. ! On part se balader dans le quartier et nous sommes surpris par le peu de mixité rencontré, le morphotype dominant est blond, et il y a plus de coupés cabriolets que de vieux tacots déglingués. On pourrait être à Amsterdam ou à Berlin, mais non nous sommes bien dans la capitale économique de l’Afrique du Sud : Cape Town.

Mercredi 29/10 : On part en début d’après-midi arpenter le City Bowl, avec son lot de boutiques, restaurants, bars, musées, etc. Nous en profitons pour flâner dans le Green Market Square, un grand bazar-marché à ciel ouvert où l’artisanat vient de tout le continent, mais pas d’envie de se surcharger pour le moment.! Nous continuons vers St George’s Mall, grande rue piétonne entourée de hauts buildings de verre et d’acier, et en profitons pour passer au consulat du Mozambique connaître les modalités d’entrée dans le pays pour ne pas reproduire 2 fois les mêmes erreurs !! En nous baladant, nos premières impressions de la veille se confirment avec le sentiment qu’il y a malgré tout un apartheid – au moins économique- toujours présent. Les blancs sont tous dans d’énormes voitures de luxes, le trio costard/cravate/attaché-case allant souvent avec. Les noirs ont pour le peu qu’on croise, des emplois basiques dans les services : caissiers, surveillant de voitures dans la rue, vendeurs de rue, mendiants… Pour toute une génération l’accès à l’éducation a été nul et en tant que touriste on ressent vraiment une différence de niveau social, économique. On essaye tant bien que mal de relativiser en sachant que Le Cap est connue pour être une ville blanche, et que Jo’bourg ou Pretoria à 1600 km au Nord-Est, concentrent les plus grosses fortunes du pays ( blanches un peu, mais noires surtout) et que parait il la situation y est différente, avec c’est bête à dire mais une classe populaire plus mixte.

On vous répète à longueur de journée que c’est un pays dangereux, qu’il faut se méfier sans devenir parano mais du coup on ne sait plus trop quoi penser, et cette méfiance ambiante est assez dérangeante.

Toutes les habitations, hôtels dans le quartier dans lequel nous sommes ont des pancartes « ARMED RESPONSE », grillages et barbelés… Qui ne nous mettent pas tellement en confiance ! Cette ambiance nous met vraiment mal à l’aise, pour en apprendre un peu plus sur l’apartheid nous allons visiter le District Six Muséum. Ce musée est situé dans une ancienne église en plein centre ville, anciennement le District 6 qui accueillait une population très cosmopolite que l’on a délogé durant l’apartheid pour y faire venir des familles blanches en accord avec la politique de l’époque ! 60000 personnes ont donc été expropriés pour être « relogées » dans le Township de Cape Flats à 25km de là … Et ça c’était entre 1968 et 1982 ! Le quartier a été rasé mais rien n’y a jamais été reconstruit !!
On peut aussi voir des cartes d’identité sur lesquelles il est précisé si vous êtes Blanc/Noir/Indien/Chinois, des bancs réservés aux blancs. Malgré la Commission Vérité et Réconciliation présidée par Desmond Tutu, une des figures de la lutte anti-apartheid, dans les années 90, et qui avait pour but la prise de parole par les victimes et les bourreaux «  sur la voie du pardon », on se demande comment en si peu de temps les gens ont pu oublier cela !DSC01190

Jeudi 30/10 : nous partons direction le quartier de BO KAAP, le quartier musulman de la ville dont les habitants sont appelés les « Cape Malays ». Le quartier, en fait un ensemble de 10 blocs sur 8 situé sur les hauteurs de la ville, est majoritairement composé de petites maisons colorées. C’est un endroit très agréable à parcourir à pied d’autant plus qu’il fait très beau et qu’on a de superbes vues sur le reste de la ville.

Bo Kaap, Cape Town.
Bo Kaap, Cape Town.
Wall Street, Bo Kaap, Cape Town.
Wall Street, Bo Kaap, Cape Town.

On poursuit la visite de la ville à pied jusqu’au Waterfront, un ensemble de grands bassins construits pour permettre aux navires de venir s’abriter des flots mouvementés de l’Océan Atlantique. En 1980 ce quartier malfamé a été complètement rénové et laisse place aujourd’hui à un port (bien sur), entouré d’une marina et de luxueuses habitations sur les bords des canaux.

Vue depuis le Waterfront sur Table Moutain, Cape Town.
Vue depuis le Waterfront sur Table Moutain, Cape Town.

Les docks logent désormais cafés branchés, boutiques design, stands de street-food internationale. Pas pour rien que Le Cap est le Capitale Mondiale du Design 2014. Un hangar accueille à cette occasion, mais de manière définitive, un somptueux marché ethnique-chic à des prix plutôt élevés. Mais les produits sont juste dingos, très très bobo, mais très très beau ! Robes branchées aux motifs afros, noeuds paps… sacs en cuirs, bijoux, à en devenir folle !

Marché Ethnico-Chic de Waterfront, Cape Town.
Marché Ethnico-Chic de Waterfront, Cape Town.

Nous rejoignons pour la soirée Adi, une américaine rencontrée lors de notre trek du Santa Cruz, qui a quitté sa ville de Chicago, et vit maintenant au Cap, pour un petit dîner très sympa en ville.

Vendredi 31/10 : nous avions prévus d’aller escalader la Table Mountain qui domine la ville ce matin mais le réveil à 7h sous la pluie nous fait nous rendormir ! 2h plus tard le soleil est revenu et le temps de nous préparer il est un peu tard pour aller faire notre rando qu’on remet au lendemain. Nous nous achetons, une grande première pour nous, un City Seesighting Pass : les grand bus rouges ouverts avec tout plein de touristes dedans, les bus de ville n’allant pas au Jardin Botanique (un des plus beau du monde parait il !), Hout bay, Sea point, etc … en gros soit vous prenez un taxi soit vous prenez ce bus ! Assez réfractaire au départ on tente quand même l’expérience.

Arrivés dans le bus (pour les non habitués que nous sommes) on vous donne des écouteurs, le trajet étant audioguidé ( histoire de la ville, anecdotes diverses..) lors du passage par certains « spots » ! Le système audio de notre bus ne fonctionne pas, nous obligeant à attendre le suivant.. Interdiction de sortir du bus, qui stationne à deux pas d’un groupe de sans abris vacants à leur occupation ( et alors ???), ces derniers invectivent alors une partie des passagers les invitant à découvrir la « vraie image de l’Afrique du Sud », et pas du haut d’un double-decker. Et c’est vrai qu’ils n’ont pas tort et que l’on se sent sacrément pas à notre place ici, dans cette masse de touristes un peu bidochons, dont deux jeunes Hollandais pleins d’autosuffisance, qui n’ont d’autres idée que de mitrailler à tout va les cabanes de fortunes et leurs habitants qu’ils prennent sans doute pour des animaux, se sentant tout permis du haut de leur bus, n’ayant apparemment jamais entendu parler de misère.. ou de respect d’autrui.. Les deux aryens sont à baffer !!

On rejoint le Jardin Botanique de Kirstenbosch et ses 528 hectares. On se perd dans le Fragrance Garden, dont le principe est de retrouver les odeurs de plantes inconnues aux parfums enivrants avant de profiter de la fraîcheur de certains espaces dont la partie des Cycadées (les plus anciennes plantes au monde, vestiges de l’époque des dinosaures (150 à 200 millions d’années) et de la vue dégagée qu’ils offrent sur Cape Town.

Jardin Botanique de Kirstenbosch, Cape Town.
Jardin Botanique de Kirstenbosch, Cape Town.
Jardin Botanique de Kirstenbosch, Cape Town.
Jardin Botanique de Kirstenbosch, Cape Town.

Après quasi 3h de balade on reprend un bus rouge pour aller déjeuner à Hout Bay, une petite ville au sein d’une grande baie encadrée par 2 montagnes: le Cheapman’s Peak au sud et le Karbonkelberg au nord. La route, absolument magnifique, passe tantôt par de verdoyants domaines viticoles bordés de villas de luxe, tantôt par d’immenses TownShips.

On ne compte même plus les Porsche, et autres 4×4 de luxe conduits par des gosses de riches décolorés ou bodybuildés, c’est assez caricatural et on croise même de jolies blondes rentrant dans leur propriété.. à cheval.. Au pied d’un immense Township de tôle par lequel nous passons sont construits.. les terrains de cricket du lycée privé pour Afrikaners… Le contraste est assez saisissant et nous ramène vite à la réalité de l’Afrique du Sud.

Hout Bay est surtout un grand port de pêche et nous nous arrêtons manger du poisson autour d’un super Fish&Chips populaire mais bien réputé qu’on ne voudrait pas rater (on ne se refait pas.. :) ! ) Servi dans une boite en carton, et arrosé d’une bouteille de cidre local, il est à tomber par terre et on s’en lèche encore les doigts!

Fish&Chips @ Hout Bay.
Fish&Chips @ Hout Bay.

En sortant, scène assez hallucinante d’un enfant en train de mendier à la sortie du resto et d’une dame suffisamment rassasiée qui préfère nourrir les mouettes du port avec les restes de son déjeuner, …aux nez et à la barbe du gamin affamé. Une autre réalité de ce pays qu’on risque d’avoir vraiment du mal à comprendre.

Nous remontons dans notre bus, pour longer la superbe côte sauvage qui nous amène à Clifton Bay et à Camps Bay, étroite bande de terre entre l’Atlantique et la montagne de la « Lion’s Head ». C’est (encore) une autre zone résidentielle chic avec de très belles maisons en bois et acier, et surtout 4 plages successives réputées auprès des locaux pour être protégées du vent. Cette fois ci les plus fortunés ont des montes charges privatifs depuis la route, pour ne pas trop se fatiguer à rejoindre à pied leurs demeures adossées aux flancs des collines.

Le vent est pourtant bien là aujourd’hui et les vagues sont gigantesques pour le plus grand plaisir de quelques surfeurs téméraires. Le sable blanc, les quelques palmiers qui bordent les plages nous donnent envie de nous arrêter, mais on continue finalement la route jusqu’à Sea Point où débute une promenade côtière de plusieurs kms, assez verte, entre grattes-ciel et océan déchaîné, et où joggeurs, cyclistes et autres culturistes font leur sport quotidien.

Cette promenade nous amène jusqu’au Green Point où a été construit le Green Point Stadium (68000 places),  pour la Coupe du Monde de foot 2010. Ici tout le monde déteste ce gouffre à fric, plus célèbre pour les trop nombreux pots de vins qui ont accompagné sa construction (estimés à pas loin de 400 millions d’euros quand même), et l’augmentation massive des impôts qu’il a entrainé pour les habitants, l’équipe de foot locale rechigne même à aller y jouer… Il est de temps en temps question de le démonter ! On remonte une ultime fois dans le fameux bus rouge (qui nous aura bien servi) pour rejoindre dans notre auberge !

Samedi 1/11 : réveil branché à 7h pétante car nous partons grimper la Table Mountain ce matin ! Un taxi nous dépose au pied de la montagne, 950m de dénivelé positif nous attendant au travers de la Gorge de Platterklip, et à 8h45 il fait déjà très chaud. Nous ne sommes étonnamment pas seuls, puisqu’il y a une course type « ultra trail ». Je suis personnellement morte de chaud, de soif après 10 min de montée, et je dois dire que j’ai un peu de mal à me bouger les fesses, et les autres autour qui courent, me rendent folle. J’apprend qu’ils ont déjà grimpé 2 sommets, et fait 20 kms à pied dans la ville depuis ce matin, ça m’aide à relativiser et j’arrête de me plaindre et continue à monter … Après 1h30 d’efforts nous voilà enfin au sommet de cette fameuse montagne de la Table, qui a effectivement le nom de sa forme, s’élevant à plus de 1000m au dessus de la ville dont le sommet vous l’imaginez bien est aussi plat qu’une table  ! Les efforts sont vraiment récompensés le spectacle est grandiose, on a une vue à 360° sur toute la région du Cap : l’océan, les montagnes alentours, la ville on y voit absolument tout !!

Vue depuis Table Moutain, Cape Town
Vue depuis Table Moutain sur Cape Town, et Robben Island au loin.

Devant être à 14h30 à l’embarcadère du ferry pour la visite de Robben Island on décide donc de descendre par le téléphérique qui en plus d’aller sacrément vite, effectue des rotations sur lui même pour apprécier le paysage à 360°, un peu flippant.

Robben Island, que l’on rejoint en une heure de ferry depuis le Waterfront est l’une des l’îles-prisons les plus célèbres au monde, c’est ici qu’a été emprisonné Nelson Mandela pendant les 18 premières années de ses 27 ans de détention, passant les 9 dernières sur le continent dans deux autres prisons.

« L’île des phoques » ( robben= phoque en afrikaans) est une petite île de 2 km sur 3, face au Cap, que les premiers colons utilisèrent comme prison dès leur arrivée, y envoyant les rebelles politiques, sociaux et mentaux, comprenez en faite tous les opposants au régime : révoltés des colonies hollandaises puis anglaises (Sri Lanka, Indonésie), prisonniers de droits communs, leaders politiques africains, et à partir du 20è siècle membres actifs de l’ANC (African Nation Corporation).

Robben Island, B section.
Robben Island, B section.

Notre visite, – guidée par un ancien détenu de l’ANC, enfermé 8 ans ici pour terrorisme alors qu’il n’avait que 17 ans-… se déroule au sein des bâtiments dans lesquels vivaient les détenus : dortoirs de 60 personnes aux fenêtres sans carreaux, pourvues uniquement de barreaux (il y faisait très froid et très humide), avec seulement 3 douches (froide est il besoin de le préciser), et 3 robinets, mais une bonne dizaine de micros pour écouter les conversations des détenus.. Chacun ayant droit à 2 couvertures : une pour se faire un matelas, une 2ème pour se couvrir.

Le réveil était à 4h30 pour que tout le monde puisse se « préparer », au bout de 30 minutes, l’eau était coupée et tous devaient être douchés, les retardataires étant privés de douche.. et de repas pendant 24h. Au petit déjeuner les quantités étaient rationnées, les noirs ayant le droit à double ration de porridge, mais quart de ration du reste (lait, café..).

Nous nous dirigeons ensuite vers le secteur B, le quartier de haute sécurité dans lequel Nelson Mandela resta enfermé 8 ans : ici les prisonniers dormaient à même le sol sur une petite et unique couverture, disposaient d’une seule bassine pour faire leur besoin, se laver, et laver leurs vêtements. Ils n’avaient pas de couverts, et le droit à une seule visite et une lettre de 120 mots tous les 6 mois. Enfin des conditions de détention catastrophiques ! A force de combats menés par l’ANC et d’intervention d’associations internationales les conditions « s’améliorèrent », et ils purent avoir des lits et 30 minutes de temps libre dans le jardin par jour.. Quelle générosité !!!

C’est ici, que Mandela écrivit son autobiographie «  A long walk to Freedom » et réussit -grâce à un système de caches creusées dans le jardin, et à un de ses codétenus qui parvint à faire sortir le document- à le publier. Pour la petite histoire, Mandela lorsqu’il fut nommé président, nomma son ex-codétenu et coursier.. Ministre des Transports.. ! :-)

Entre 1964 et 1977 les prisonniers travaillaient dans une carrière dont le but était de casser des pierres 8h par jour 5j/7, la forte luminosité et la poussière provoquèrent chez nombre d’entre eux maladies oculaires et pulmonaires ! C’est pour cela que Mandela plissera les yeux le restant de sa vie, malgré une opération des canaux lacrymaux. Robben Island cessa d’être une prison en 1991 peu après l’abolition de l’apartheid et fut ouverte à la visite en 1999.

Octave était un peu réfractaire à l’idée de cette visite, que certains nous décrivaient comme trop touristique, voyeuriste.. Au final, elle est plutôt poignante même si un chouilla  orchestrée, mais à le mérite de nous mettre face à l’impensable, faces aux pires exactions, aux intolérances les plus primaires dont l’Humain est capable, de manière à en prendre conscience, et à ne plus les reproduire.

Dimanche 2/11 : Aujourd’hui c’est le grand jour, on quitte Cape Town avec une voiture de location pour 24 jours. Avec le prix payé ( 320 euros pour 24 jours), on s’attendait à avoir une semi-épave, à la place nous avons une petite Hyundai I10 blanche toute neuve, avec 5000km au compteur, et pas une seule rayure.. ! Pas la pression du tout du tout :-)

On avait tiré au sort pour savoir qui de nous deux aurait le plaisir et l’honneur (mais surtout l’appréhension) de conduire à gauche.

C’était à moi de tenter l’expérience la première mais je me dégonfle et laisse Octave s’en charger … La conduite à gauche pour nous c’est une grande première et quand on voit comment conduisent les Sud Africains on a pas franchement envie de se retrouver dans le trafic avec eux ! On est dimanche matin et la ville est assez tranquille. Octave se lance assez facilement malgré quelques loupés entre les essuies-glaces et les clignotants, le pli se fait vite. La voiture est en plus une automatique contrairement à se qu’on avait demandé mais au moins, se dit on, cela fait une préoccupation de moins ! Nous nous dirigeons donc très prudemment vers le Cape of Good Hope (le Cap de Bonne Espérance), et prenons de la confiance à mesure que nous passons par quelques bourgades balnéaires sur la route, tachant de ne pas trop coller à gauche..

Nous parvenons d’abord au Cape Point, d’où un petit sentier nous mène à l’ancien phare (qui n’a jamais réellement été utilisé, puisque construit trop haut, et peu visible des bateaux avec la brume environnante).

Cape de Bonne Esperance.
Cape de Bonne Esperance.

Les vues sont assez incroyables du haut des vertigineuses falaises qui tombent à pic. On se dirige par un petit sentier de randonnée vers le Cap de Bonne Espérance, qui contrairement à ce que l’on pensait et qui est annoncé n’est pas le point le plus austral d’Afrique ( la palme revenant au Cap Agulhas, plus à l’Est, là où se rejoignent l’Atlantique et l’Océan Indien) mais le point le plus austral de l’Ouest Africain… Toujours est il qu’on croise improbablement des véliplanchistes aguerris, de belles autruches arrivées là on ne sait comment, et quelques dassies, sortes de marmottes africaines. La route de retour offre de très beaux panoramas sur l’eau verte, signe que l’Océan Indien n’est pas si loin..

Mais Paris n'est pas tout prêt..
Mais Paris n’est pas tout prêt..
Cape de Bonne Esperance.
Cape de Bonne Esperance.

Alors qu’on s’acclimate de mieux en mieux à la conduite à gauche au cours de notre première journée, nous nous dirigeons ce soir vers Stellenbosch, à 30 km au Nord-Est du Cap, en plein coeur de la région des vignobles sud africains.

C’est la deuxième ville la plus ancienne d’Afrique du Sud, datant du XVIIè siècle, à l’architecture hollandaise. C’est clairement une ville «blanche».

Supermama, Stellenbosch.
Supermama, Stellenbosch.

On pose notre tente dans le jardin d’un backpack assez chouette, le Stumble Inn. Nous avons réduit notre matériel de camping au strict minimum (une tente et deux duvets) et n’avons pas de matelas, et il faut dire que la pelouse est plutôt grasse et moelleuse pour nos petits dos.

Nous y rencontrons une française qui a vécu 6 ans en Afrique du Sud et nous donne quelques conseils que l’on prend avec plaisir.

Stellenbosch, Région des Vignobles.
Stellenbosch, Région des Vignobles.

Elle nous donne non sans une pointe de cynisme, un aperçu de la vie en Afrique Du Sud où il ne parait pas si simple non plus d’être blanc. « L’Affirmative Action » loi mise en place en 1998, stipule qu’à diplôme égal (ou légèrement inférieur) un noir ou colored (indien/malais..) devra être engagé plutôt qu’un blanc, sous peine de lourdes amendes. Même si certaines boites préfèrent payer ces dites sanctions et recruter davantage sur compétence que sur quotas , les jeunes blancs semblent avoir beaucoup de mal à trouver un emploi après leurs études, d’autant qu’une main d’oeuvre meilleure marché émigre de la plupart des pays d’Afrique Centrale. La solution consiste alors à migrer vers le Nord (Zambie, Namibie,..) ou bien comme beaucoup à créer sa propre entreprise, ce qui contrairement à l’effet recherché, renforce encore le « patron blanc, salarié noir ».

Elle nous parle de son labo, où elle était entourée de collègues qui n’étaient pas formés et n’avaient pas les compétences requises pour les postes, mais qui avaient obtenu leur emploi du fait de leur couleur de peau, ou pour remplir les quotas.

En même temps, difficile de savoir comment compenser l’incompensable, avec 80% de la population qui est noire, cette loi parait permettre un retour à un équilibre un peu bancal certes, mais plus en adéquation avec la démographie sud-africaine. Quid de l’éducation des générations actuelles et futures cependant ? – qui à la lourde tâche d’arriver à améliorer les choses- mais que le gouvernement de Jacob Zuma ne semble pas vraiment avoir mis au rang des priorités nationales depuis 6 ans qu’il est au pouvoir.

Petite anecdote mais pas des moindres, question santé : Zuma, inculpé dans de nombreuses affaires de corruption, trafics d’influence, et même de viol sur une femme séropositive a déclaré que « la douche après l’acte sexuel suffisait à protéger du SIDA », dans un pays où officiellement 13% de la population est infectée (5 à 6 millions de personnes). Pas étonnant qu’il se soit fait huer, lors des obsèques de Mandela..

Un lien vers un article interessant sur la question : « Alors que Mandela faisait de la réconciliation avec les Blancs une priorité absolue, Zuma considère qu’il a avant tout été élu pour défendre la cause des Noirs« 

Le lendemain matin on se balade dans la ville ne se sentant toujours pas spécialement à l’aise avec cet apartheid économique encore bien présent et qui semble naturel pour tout le monde sauf nous, avant de partir faire la route des vignobles. Nous nous arrêtons dans le très chic domaine de Rust en Vrede, crée en 1694, et faisant partie du Top 100 des vignobles mondiaux de Wine Spectator (attention !! :)) où pour 2 euros nous dégustons 2 grands crus classés, dont un Syrah (Single Vineyard 2009) assez incroyable mais difficile et couteux à rapporter (150 euros la bouteille mama mia).DSC01432