Archives pour la catégorie Décembre 2014 : Mozambique.

Baie, Ilha de Mozambique.

Quelques jours au Mozambique.

Après notre petite déception de fin de parcours en Afrique du Sud, nous prenons une des seules compagnies de bus qui relient Jo’bourg à Maputo, la capitale voisine du Mozambique, tout au sud du pays. La compagnie Intercape a l’air plutôt sérieuse, et la première partie du trajet se passe pour le mieux, même si c’est très étrange pour nous de se retrouver dans un bus après avoir parcouru les 6000 derniers kilomètres en voiture.

Le passage de la frontière est chaotique, et fidèle à ce dont l’on se doutait, le contraste est à l’image du « monde » qu’il existe entre le niveau de développement des deux pays, comme entre Bolivie et Argentine pour ceux qui connaissent. Les grosses berlines laissent place à des véhicules beaucoup plus modestes, les routes asphaltées se transformeraient presque en chemins de terre.. Et voilà qu’après une petite heure de route en direction de Maputo, qui se rapproche doucement, la courroie nous lâche, et nous oblige à attendre 2h sur le bas côté de la route qu’un autre bus vienne nous récupérer.. Ca ressemble déjà plus à l’Afrique telle qu’on la connait tous les deux ! On a appris a être patients, et prenons ces premières péripéties au Mozambique avec le sourire :-)

On atteint Maputo, après non pas 8 mais 13h de route.. La ville n’est pas très animée, et l’on rejoint un des seuls hôtels au prix correct que nous ayons trouvé..

On déchante le lendemain matin, devant les prix pratiqués au supermarché. Le pays est réputé pour avoir une des plus fortes croissances du continent, notamment du fait de la présence de nombreux minerais et de la découverte récente de richesses naturelles inexploitées (entendez pas encore exploitées par nos amis occidentaux..). Ce n’est pas pour autant que le niveau de vie semble meilleur, et on se demande comment font les locaux. Un petit exemple : le litre de lait est à 2 euros, le pack de 4 yaourt (made in South Africa) à 6… bref.. on va se faire une cure de manioc et de patate douces si cela continue.

Maputo est une ville d’expatriés, quoiqu’on ne croise absolument aucun « babtou », le Mozambique n’est pas franchement une destination très courue, et c’est justement cela qui nous attirait à la base (surtout Octave il faut dire..), ce côté joyau inviolé aux plages paradisiaques qu’on a pu voir dans quelques beaux documentaires sur la 5.

Radio Mocambique, Maputo.
Radio Mocambique, Maputo.

La ville est réputée pour abriter une des plus jolies gares du continent, ainsi que la Casa de Fero (construite en acier sur les modèles de notre Gustave Eiffel national), et quelques beaux marchés.

Au final, tout est en rénovation, le jardin botanique censé être rénové depuis 3 ans est encore à l’état de friche. La ville n’a franchement qu’un intérêt très limité, d’autant que même avec notre expérience des voleurs à la tire, nous manquons plusieurs fois de nous faire détrousser.. On part le lendemain en direction des côtes via une navette soit disant touristique qui n’est en fait qu’un vague concept marketing pour entasser les rares touristes du pays dans la même fourgonnette locale moyennant une sacrée inflation du prix du billet, mais pas du confort.. On se heurte très rapidement à ce qui va nous déranger globalement tout le temps au Mozambique, le côté dollar ambulant qu’on avait retrouvé en Bolivie ou en Inde.

Il faut dire qu’on a pas choisi la meilleure période, les riches Sud Africains s’exilent massivement sur les côtes mozambicaines à ce moment précis de l’année pour leurs vacances d’été, avec les bonnes manières et la discrétion qu’on leur connaît.. On atteint donc Tofo, mondialement réputée dans le petit monde de la plongée pour les possibilités quasi inégalées de rencontres sous marines avec requins baleines et raies manta. On trouve un hôtel, Mozambeat un peu excentré du centre du village donc des plages mais d’autant plus sympa que l’on domine tout du haut de notre colline même lorsque l’on se prélasse dans la jolie piscine.

Piscine Tofo.
Piscine Tofo.

On se pose ici quelques jours avec au programme une sortie plongée au cours de laquelle nous passerons à côté des plus gros spécimens (exception faite d’une tortue luth et d’une raie manta, qu’on croisera c’est balo, au retour sur le bateau).

On s’oriente ensuite vers le village de Villankulos, à 5h au Nord, par des routes en piteux état, mais à bord du bus postal ( tout nouveau service qui en plus de transporter le courrier en soute, propose 70 sièges pas trop inconfortables à l’étage) beaucoup plus sécurisant que les minibus pourris qu’on nous proposait jusque là et avec un prix fixe et non à la tête et au portefeuille du client, c’est suffisamment rare pour le signaler.

Dhows, Vilankullos.
Dhows, Vilankullos.

On loge dans un camping en bord de plage, Baobab Backpackers où nous plantons la tente moyennant un « racket »  de 10 euros par tête. Les bateaux de pécheurs rappellent beaucoup les dhows, embarcations malgaches d’Anakao ( il faut dire que nous ne sommes qu’à 800 km des côtes de Madagascar, de l’autre côté du Canal du Mozambique).

On se fait un petit plaisir en claquant notre budget d’une semaine pour une journée de sortie en mer, avec deux plongées et visite du merveilleux archipel des Bazaruto.

Le Mozambique, et son président Guebuza – surnommé Guebusiness pour son goût prononcé pour les affaires – ont fait le choix depuis une dizaine d’années de donner la priorité au tourisme de luxe, vendant la concession des plus belles îles à des fonds d’investissement qataris, russes ou philippins, qui en ont fait des repères exclusifs pour touristes fortunés avec pistes d’atterrissages privées, hôtels à 1500 dollars la nuit minimum… Indécent.

La seule possibilité de visiter l’archipel est pour nous de partir avec une agence de plongée française Odyssea Dive et de faire escale entre les deux plongées de la journée sur cette île de sable, entourée de bleu turquoise.

Archipel des Bazaruto, Vilankulos.
Archipel des Bazaruto, Vilankulos.
Archipel des Bazaruto, Vilankulos.
Archipel des Bazaruto, Vilankulos.
Archipel des Bazaruto, Vilankulos.
Archipel des Bazaruto, Vilankulos.

Les plongées près de la barrière de corail font partie des plus belles que l’on ai pu faire avec entre autres le ballet magique d’une quinzaine de raies aigles et d’un requin pointe noire, ainsi qu’un dugong, sorte de lamantin en voie d’extinction, qui se nourrit exclusivement d’algues. L’ascension de la dune de Bazaruto à midi est mémorable et le panorama époustouflant de là haut.

On décolle le lendemain pour ce qui sera notre journée la plus éprouvante depuis le début de notre voyage, en mars 2014. On souhaite rallier le nord du pays, la ville de Nampula, puis éventuellement Ilha de Mozambique, si nous avons le temps dans la même journée. Une seule compagnie aérienne existe dans le pays, et les prix prohibitifs ( rien à moins de 300 euros AS, pour 1h de vol) ont fini de nous achever.. Un bus quitte Maputo à 2h du matin tous les jours, passant au carrefour de Villankulos sur les coups de 9h. Nous y sommes pour 8h30 après 30 minutes de trajet à 16 personnes à l’arrière d’une estafette à toit ouvrant… Mais, c’est seulement après 3 interminables heures d’attente en plein cagnard le long de la seule route nationale du pays que le bus arrive, surbondé.. On négocie une nouvelle fois les tarifs et partons nous le pensons pour une quinzaine d’heures de bus (5 personnes par rangée, siège non inclinables, 25 rangées.. je vous laisse imaginer).. C’était sans compter sur l’état de la route, les arrêts incessants du conducteur dont la conduite est très.. approximative. Après 14h de trajet entre poules, sac de riz, bagages qui fuient sous 40° à l’ombre, on nous annonce que l’interdiction de conduire la nuit commence à minuit, et que nous sommes à la moitié du chemin.. En conséquence, le chauffeur du bus s’arrête….. sur un rond point, quitte le véhicule sans prévenir personne ni couper le contact.. pour aller tranquillement passer la nuit dans une auberge non loin alors que nous devons nous contenter des sièges rigides comme matelas… On redémarre le lendemain matin à 6h, après ce qui est sans contestation possible la pire nuit de notre existence, pour de nouveau 10h de trajet.. Arrivés à Nampula, on essaye d’aller directement à Ilha de Mozambique à 4h de là… On se pose finalement chez Ruby’s Backpackers, après 35h de bus pour 800 km parcourus….

Ilha de Mozambique, pourrait avoir l’âme d’un village en guerre et déserté , tant ses anciens bâtiments semblent désaffectés, mais nous aimons tout de suite l’ambiance qui y règne et décidons d’y passer quelques jours de plus que prévus, d’autant que l’hôtel que nous nous sommes offert est superbe, la gérante Vanessa adorable, et qu’on a vraiment besoin de se reposer après ce trajet affreux. Cette île de 6km2, reliée au continent par un étroit pont de 4 km qu’on était bien partis pour traverser à pied, bien décidés à ne pas se faire avoir une nouvelle fois sur les tarifs ( 10 centimes la traversée , ça ne parait rien comme ça , mais symboliquement c’est autre chose), est à l’écart des touristes, bien qu’elle soit incontestablement le point d’intérêt majeur du Nord-Mozambique.

Ilha de Mozambique.
Ilha de Mozambique.

D’influence arabo-portugaise, le mélange des styles est partout présent, la plupart des bâtiments sont décrépis (mais pas inhabités pour autant).

Ruby's BAckpackers Roof Top, Ilha de Mozambique.
Ruby’s BAckpackers Roof Top, Ilha de Mozambique.

Le temps semble ici s’être arrêté pour de bon il y a bien longtemps, le coucher de soleil est splendide depuis le toit-terrasse ombragé de la guesthouse.

Ruby's Backpackers Roof Top, Ilha de Mozambique.
Ruby’s Backpackers Roof Top, Ilha de Mozambique.

La chaleur ici est pesante et matinale, mais nous flânons à notre rythme quatre jours durant, en n’oubliant pas d’aller faire trempette et de boire quelques jus de fruits frais.

Baie, Ilha de Mozambique.
Baie, Ilha de Mozambique.
C'est mal barré, Ilha de Mozambique.
C’est mal barré, Ilha de Mozambique.
Ilha de Mozambique.
Ilha de Mozambique.

Le lendemain, 10 décembre, notre objectif de la journée est de rejoindre la ville de Nampula, d’où un train part le lendemain matin pour le Malawi, qu’on veut traverser avant de rejoindre Amélie et Nico fin décembre en Tanzanie.

Il n’en sera rien, pour la majorité d’entre vous qui êtes déjà au courant, le bus très matinal et surchargé ( 25 personnes pour 12 places assises) que nous prenons crève à plus de 80km/h, le chauffeur nous envoie valdinguer d’un grand coup de volant non maîtrisé dans le décor et après une bonne demi douzaine de tonneaux, sortons du véhicule on ne sait trop comment.. Fin du voyage… Triple fracture complexe de la clavicule gauche et double fracture du poignet droit pour Octave, grosses coupures, entorse de cheville costaud, et dos en compote pour chacha.. Sans rentrer dans les détails, on attend plus de 45 mn sur le bord de route, tous les 4×4 refusant de nous amener à l’hopital le plus proche distant de 50km (pour ne pas salir les cuirs avec les éclaboussures de sang  j’imagine…….).

Fenêtre sur cour, Nampula.
Fenêtre sur cour, Nampula.

On doit notre « salut » à un chauffeur de semi remorque qui prend les choses en main, alors que le véhicule accidenté commence à prendre feu et que nos bagages sont à l’arrière.. Je ne vous décris pas l’hôpital public, mais 24h plus tard et après un rapatriement sur Jo’bourg en jet privé ( qu’on aurait préféré tester en d’autres circonstances),  Octave est opéré. On est sacrément choqués, de savoir que notre voyage s’arrête si brutalement et pour un long moment vu la rééducation et les opérations qui m’attendent (avec 4 mois de recul sur l’écriture de ce papier), mais aussi conscients qu’au vu de l’état du véhicule après l’accident, de la vitesse, de l’inexistence de ceinture de sécurité, et de la vétusté pour ne pas dire de l’inexistence de soins ici, cela aurait pu être bien plus grave.

Choqués aussi d’avoir connu l’instinct de survie, qu’on ne souhaite vraiment à personne, où au milieu de rien, l’expresion « chacun pour soi et Dieu pour tous prend tout son sens »

Heureux pour autant d’être entourés par la bienveillance, l’attention et la gentillesse de nos familles et amis proches dès notre retour, ce qui aide forcement à garder le moral, mais aussi de voir qu’après quelques mois l’évolution semble plus positive que ce qu’on avait imaginé.

La rééducation poursuit désormais son cours, bien entourés par la famille et les amis, qui ne s’attendaient pas forcément à nous voir débarquer de si tôt, mais il faut croire que les apéros endimanchés, ou les weekend champêtres ensoleillés, devaient nous manquer.. Destinée, on était tous les deux destinés..

Mais plus que jamais destinés et décidés à repartir sur les routes asiatiques dès que la rééducation sera finie, qu’on aura remis quelques sous de côté, et qu’on se sentira en forme pour repartir sur nos routes de choc !!

On vous embrasse ( depuis Paris, c’est moins fun mais le coeur y est autant).