Village Shan.

Minglabar Myanmar.

A l’extrême modernité de l’aéroport de Singapour répond le capharnaüm général qui règne dans celui de Rangoon. On est tout de suite immergés, chose surprenante ici les hommes portent le pagne appelé longyi très coloré assorti avec de jolies chemises à col mao, ce qui donne un côté traditionnel étonnant.

20km nous séparent du centre ville , les taxis n’ont pas de compteurs mais sont parmi les meilleurs marchés d’Asie : 5 euros (8000 kyats) pour une course d’1h.

Deuxième surprise : la junte a décrété qu’il fallait dorénavant rouler à droite , or depuis la colonisation britannique les gens conduisaient à gauche et avaient leur volant à droite : avec l’interdiction d’importer d’autres véhicules jusqu’à tout récemment le volant est à droite et la conduite aussi… Très pratique !! On se rendra compte que dans les bus les chauffeurs ont besoin d’un assistant pour leur dire quand doubler ou pas, n’ayant aucune visibilité, on ne vous parle même pas du concept d’angle mort. Vous me direz peu de deux roues dans les rétroviseurs, ils sont interdits dans la capitale birmane. Un astrologue à predit une mort certaine en deux roues au chef de la junte il y a quelques années, qui vivant à Rangoon, à donc décrété manu-militari que les scooters seraient interdits ici..

On descend à l’hôtel Beauty Land 2, pour 21$ nous avons une chambre double correcte au dernier étage avec salle de bain partagée, on est fixés, les standards birmans ne sont pas les mêmes et les prix des hébergements sont parfois exorbitants (les gérants voulant rentabiliser les hôtels en moins d’un an et la junte militaire toujours bien cramponnée prélevant de fortes taxes).

La chaleur ici est étouffante et on se repose jusqu’en fin d’après midi avant d’aller se balader en ville près du fleuve. Nous arrivons à l’heure de la sortie du travail quand les habitants rentrent chez eux sur l’autre rive, dans des barques à la sécurité inquiétante, c’est un sacré boucan et les vieux bateaux crachent une fumée noire épaisse, l’air devient quasiment irrespirable, mais vu dans son ensemble cela est assez chouette à observer.

Bords de fleuve, Rangoon.
Bords de fleuve, Rangoon.

C’est la saison sèche, et tout nous semble très très pollué, et on croit ne pas tellement se tromper.

Certains tentent quand même la pêche..
Certains tentent quand même la pêche..

On a rien mangé de la journée et on tente notre première expérience gastronomique birmane, tout le monde nous parle de la Street food au coin de la 19th St. On teste la Shan Noodle Soup qui sera un de nos coups cœur birmans, et la bière locale la Myanmar, un peu moins pipi de chat que ses copines asiatiques. A vrai dire on avait entendu pas mal de choses négatives sur la nourriture birmane – grasse, peu raffinée, rébarbative et peu variée- mais pour nous les grands gourmands vraiment, ça commence bien !

Réveil matinal pour aller visiter la Pagode Shwedagon, symbole de la Birmanie et un des lieux les plus importants du bouddhisme. C’est simple du haut de ses 100m, on voit le zedi (sommet) doré de presque tout Rangoon. Elle est couverte de 27 tonnes d’or. Même en arrivant pour le lever de soleil vers 6h, il y a du monde.

Shedagon Pagoda, Rangoon.
Shedagon Pagoda, Rangoon.

C’est splendide, les lumières encore douces viennent se refléter dans les innombrables dorures.

Ah oui quand même..
Ah oui quand même..

On se rend très vite compte que la Birmanie est aux pagodes ce que la Bretagne est aux petites chapelles : un eldorado pour païen en quête de spiritualité ou d’images de bouddha à n’en plus finir.

On reste une bonne heure à visiter, rythmée par les chants bouddhistes et les appels à la prière. Pour une première approche, on est déjà dans les profondeurs du bouddhisme birman. Les moines ici ne portent pas de kesa orange, mais plutôt couleur bordeaux/ocre, on a cherché l’explication mais absolument pas trouvé.

Baptèmes es escalators, Shedagon Pagoda, Rangoon.
Baptèmes es escalators, Shedagon Pagoda, Rangoon.

Toujours est il que contrairement à d’autres pays voisins, beaucoup ont des visages tristes ou des têtes de truands avec tatouages partout : l’habit ne fait pas le monk ( facile celle là hein ?! :-)) mais quand on connaît le poids des milices bouddhistes ici et le sort qui est réservé aux minorités musulmanes dans le nord par ces dernières on se questionne..

A Mandalay, le moine Wirathu prône la haine des musulmans, l’interdiction des mariages interreligieux, et à un poids de plus en plus important. surnommé au choix l’ « Hitler » ou le « Ben Ladden » birman, il a été condamné à 25 ans de prison mais amnistié quelques années plus tard. Preuve de sa puissance ici la une du time en 2013 qui lui était consacrée sur le visage de la terreur bouddhiste, a été interdit de publication en Birmanie..

Le fameux..
Le fameux..

Direction deux autres pagodes limitrophes, révélatrices du côté ostentatoire de beaucoup de constructions religieuses du pays. C’est un peu à qui construira le plus grand bouddha assis ou couché. La Birmanie a beau être un des pays les plus pauvres, quand un moine décide de monter un projet fou les habitants du district se saignent littéralement pour récolter des fonds. Vous l’aurez compris les moines sont un peu les rois/pachas ici et on ne peut pas vraiment dire qu’ils nous soient franchement sympathiques.

Revenons en a nos pagodes : la première la Nga Htat Gyi Pagoda, contient un magnifique bouddha blanc de 14m de haut, tandis que la seconde, la Chauk Htat Gyi Pagoda abrite un bouddha couché de 65m de long sous un immense abri métallique.

Nga Htat Gyi Pagoda, Rangoon.
Nga Htat Gyi Pagoda, Rangoon.

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Encore une fois le nombre de dévots est impressionnant, et les « Donations Box » plus que fournies.

Nous rentrons profiter du petit déjeuner de l’hôtel, et échapper au 35 degrés qu’il fait déjà à 9h du matin. Check out tardif puis direction le marché central mais on a vite trop chaud et partons nous rassasier dans un super resto de nouilles et dumplings,  chez Aung Mingalar Shan Noodle House où une fois n’est pas coutume on se régale !

Balade digestive dans le parc Kandawgyi, autour du lac central une promenade en bois a été aménagée mais est effrayante d’insécurité les planches bouffées par l’humidité se cassent parfois sous nos pieds et on manque de tomber à l’eau à plusieurs reprises comme de s’empaler sur un clou mal placé.

Il est temps de prendre notre Bus de nuit le soir pour Mandalay, avec la compagnie Elite (11000 kyats/8€/600km/8h) le pick up se fait depuis le centre-ville  jusqu’à là gare de bus à 20km au nord qu’on rejoint en 1h30 : le trafic ici étant infernal, certains feux rouges durent 4 minutes..

La gare est un des plus gros bordel que nous n’ayons jamais vu, nous avons l’impression que toutes les compagnies du pays sont ici mais aucune indication, les bus se comptent par centaines, en plus ou moins bon état, mais sans beaucoup d’indications difficile de s’y repérer. 8h de bus plutôt confortable plus tard, nous voilà à Mandalay. Il est 4h30 du matin, la ville est endormie mais n’en est pas moins poussiéreuse.  A noter que l’on s’est gentiment fait réveiller et dégager du bus sur les coups de 1h du matin, comme c’est d’usage ici, interdiction de rester dans le bus ( et accessoirement de continuer sa nuit tranquille) pendant les arrêts.. Sympa

On se fait alpaguer par les nombreux chauffeurs de taxi mais rejoignons grâce à Maps Me notre hôtel : le Garden Hôtel, 18$ avec breakfast clim et pdj. Ils sont très cool et bien que nous les ayons réveillés, ne nous font pas payer la fin de nuit.  On se recouche tranquillement en se demandant pourquoi tous ces bus birmans partent trop tôt et arrivent donc trop tôt dans les villes : on dort mal et ça n’économise pas de nuit (enfin cela dépend de l’hôtel dans lequel on arrive, nous serons chanceux tout au long de notre séjour et même en arrivant à 4/5:00h ne paierons jamais).

Les compagnies, qui sont d’une ponctualité implacable en matière de départ , ne sont d’ailleurs pas capables de donner la moindre horaire d’arrivée. Nous galérons un peu pour trouver un scooter en état de marche, la plupart sont déglingués et loués des fortunes pour ici, comme pour les hôtels les plans d’investissements doivent être rentables en 1 an..  On sent ici plus qu’ailleurs le décalage de culture, la vision à long terme comme à Singapour est une utopie. Tout est très nouveau en matière de tourisme, et tout le monde ou presque saute à pied joint dans le bain en sachant qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde. Résultat : le « service » proposé est souvent brouillon et pas vraiment bon marché, et même si on ne ressent pas tellement le fait d’être un dollar ambulant, c’est un peu rageant de payer 15$ la journée de location d’un scooter qui n’en vaut pas plus de 500 neuf.  On y échappe pas et en louons un neuf pour deux jours.

Direction la pagode Mahumani, hyper colorée ou de nombreux croyants viennent couvrir le bouddha central de feuilles d’or (enfin seulement les hommes, les femmes ayant apparemment décidé elles mêmes de s’en interdire l’accès pour être plus tranquilles… Mais oui mais oui…).

Mahumani Pagoda, Mandalay.
Mahumani Pagoda, Mandalay.

La pagode est superbe et le nombre de moines impressionnant encore une fois, beaucoup sont très jeunes, comme pris au berceau. Certains luttent contre leur timidité et écoutent leur curiosité pour venir se prendre en photo avec nous et nous poser quelques questions basiques.. Marrant.

Toujours est il qu’il est difficile de savoir si avoir un jeune moine dans la famille est une fierté, une obligation, ou une délivrance. Le faible niveau d’anglais des locaux limite parfois le niveau d’informations qu’on peut obtenir d’une discussion. 

Direction ensuite le Shwe In Bin Kyaung, un monastère en teck construit par de riches négociants chinois au 19eme siècle, qui est vraiment au calme et loin de la ferveur qui peut régner dans les pagodes habituelles.

Monastère de Shwe In Bin Kyaung, Mandalay.
Monastère de Shwe In Bin Kyaung, Mandalay.

On profite de s’y être bien relaxé pour ne pas trop s’énerver alors que la sécurité de notre scooter est bloquée et que l’on doit attendre 1h30 avant qu’un mécano réussisse à résoudre notre problème devant le dit monastère.

Mandalay est réputée pour être la capitale culturelle du Myanmar, c’est surtout la capitale des pagodes, il y en a partout. C’est donc très originalement que nous nous dirigeons vers la Paya Kuthodaw et la Paya Sandamuni qui possèdent respectivement 729 et 1774 stupas, chacune de ces stupas correspondant à des versets du Tripitaka, le livre fondateur du bouddhisme.

Kuthodaw Pagoda, Mandalay.
Kuthodaw Pagoda, Mandalay.
Kuthodaw Pagoda, Mandalay.
Kuthodaw Pagoda, Mandalay.

Fidèle à la surenchère permanente qui caractérise on le découvre peu à peu la Birmanie, cet ensemble est souvent présenté comme le « plus grand livre au monde ».

Direction enfin la colline aux pagodes, après un arrêt gourmand dans une maison de thé locale, dont on rejoint la plateforme au sommet par des escalators suspendus (amusés de voir tous les locaux en panique et pas à l’aise du tout du tout) après s’être acquitté du droit d’entrée réservé uniquement aux touristes alors que le site est occupé à 90% par des Birmans.. La vache à lait a quelques cousines birmanes.

A force de se déchausser...
A force de se déchausser…

On se rend compte que la région est un véritable plateau et qu’encore une fois la pollution y est impressionnante. Des jeunes moines, et des étudiants en tourisme viennent nous parler pour pratiquer leur anglais. Le pays s’ouvre doucement depuis 2008 , et a fait un véritable bon depuis 2013. Pour beaucoup de jeunes, qui dit anglais courant, dit boulot bien payé assuré..

Charlotte leur dit être venue ici pour voir le coucher de soleil, ce à quoi l’un d’eux répond : le coucher de soleil, ça n’existe pas ici, on ne voit jamais de ciel bleu. Aie :s Ils n’ont pas tord ce soir en tous les cas.

On a pour le moment un peu de mal à saisir l’enthousiasme universel pour ce pays qui semble pour beaucoup être une révélation, un coup de coeur, the place to visit ou to be.. On se laisse le temps de se laisser séduire mais sentons venir l’overdose de pagodes..

Super street-food indienne (chapati/mutton curry) dans la rue au coin de la 28th St/82nd St.

Le lendemain le programme est d’aller visiter les anciennes capitales royales à 40km de Mandalay. La route pour y aller est sympa, sans trop de trafic. Arrivés là bas, on ne peut visiter qu’un ou deux temples principaux sans le ticket au prix prohibitif qu’on a refusé d’acheter..

Ancienne capitale d'Inwa, Environs de Mandalay.
Ancienne capitale d’Inwa, Environs de Mandalay.
Dessins pendant la 2de Guerre Mondiale, Ancienne capitale d'Inwa, Environs de Mandalay.
Dessins pendant la 2de Guerre Mondiale, Ancienne capitale d’Inwa, Environs de Mandalay.

Autant payer pour aider à la restauration ne nous pose aucun problème, autant quand on voit l’état de délabrement de certains temples on comprend que l’argent de la billetterie doit surement être siphonné quelque part… Tiens c’est marrant les militaires roulent en 4×4 dernier cri, et descendent dans les meilleurs restos…

Direction la ville de Sagaing, et ses centaines de pagodes disséminées dans les reliefs alentours. Ca grimpe sec, et le scooter nous fait quelques frayeurs. Certaines sont vraiment très jolies et il y a relativement peu de monde sinon quelques locaux etonnés de voir des blancs par ici, et désireux d’immortaliser tout ça. Une fois que le premier demande la permission c’est fini, on est parti pour 25 photos, avec la maman, le frère, le cousin ou le nouveau né..  Le mot « Photoshop » vaut ici demande de cliché et une réponse positive de notre part les met dans un état d’hystérie impressionnant, surtout lorsqu’ils sont en groupe.

Eh non, ça ne tient pas.. Pagodes de Sagaing, Environs de Mandalay.
Eh non, ça ne tient pas.. Pagodes de Sagaing, Environs de Mandalay.

En fin d’après midi direction la ville d’Amarapura, et le pont d’U-Bein : le plus grand (encore !! ) pont en teck du monde. C’est un spot assez prisé pour le coucher de soleil, mais on avoue préférer la vie bourdonnante aux alentours que le pont en lui même qui bien que plutôt joli est assez quelconque ( saison sèche = très peu d’eau = piliers presque tous émergés..)

Pont en teck d'U-Bein.
Pont en teck d’U-Bein.

Beaucoup de moines se baladent sur le pont, la plupart se prenant en selfies, il faut vivre avec son époque faut il croire..  Des pêcheurs, des éleveurs de canard, et pour nous une bière fraîche en bord de fleuve pour finir la journée de visite.

Pont d'U-bein, Coucher de soleil.
Pont d’U-bein, Coucher de soleil.

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Lendemain matin, bus très matinal pour Hsipaw, à 6 h de route au Nord-Est, en direction de la frontière chinoise.

On arrive un peu en retard, la conception des routes de montagne est étrange par ici, il n’y a qu’une seule voie et beaucoup de camions transitent par là. Toutes les 30 mn, ceux qui descendent doivent se garer en bord de précipice en attendant que les autres montent et alternativement la demi-heure suivante.

Hsipaw, est une petite bourgade de campagne sans charme particulier, en plein milieu de l’état Shan, et qui fidèle à ses voisines est elle aussi poussiéreuse.

Nous dormons chez Mr Charles Guesthouse,  tenue par l’homme tentacule du coin qui possède à peu près tout : 4 guesthouses, l’unique agence de trekking et de guides, 2 restaurants. Mais bon ce n’est pas cher (15/20$ avec ou sans sdb),  ils ont de la place, et le petit déjeuner buffet inclus y est gargantuesque.

Journée un peu off, on rencontre Kevin avec qui on fera notre trek le lendemain. En attendant on passe la journée à boire de bons shakes, et faire une cure de salade d’avocats du tonnerre après 4 semaines de diète de légumes aux Philippines, chez Mr Shake, en plein milieu de la rue principale.

Départ le lendemain pour un trek de 2 jours avec notre guide ( tout inclus pour 8 €/j chacun). On est un groupe de 5 avec deux hollandais. Le guide est vraiment en carton, même si assez sympa, il faut dire que cette partie de la Birmanie est formellement déconseillée depuis 10 jours (chose que l’on ne savait pas).

Un ancien rebelle a monté une armée révolutionnaire avec de gros moyens en Chine et se trouve être dans le coin, décidé à reprendre le pouvoir par la force.. Preuve en sont les 50 soldats tués la veille non loin de là dans un attentat revendiqué par ce fameux rebelle..

Le guide nous l’apprend au fur et à mesure et on apprécie moyennement son sérieux tout comme celui de l’agence qui pour ne pas avoir trop de répercussion sur son business fait quand même partir des groupes. On nous explique à la pause déjeuner que l’on doit rester dans le village, parce que c’est « safe but maybe not » , le village étant encerclé par l’armée sur un versant et par les rebelles sur l’autre.. Ambiance.

Pour tout vous dire l’ensemble du groupe nous y compris n’était déjà franchement pas emballé par ce trek que tout le monde recommandait : saison des brûlis, végétation hyper sèche, déforestation massive.. Plus un paysage de désolation que de carte postale.  

Heureusement on passe la journée et la nuit chez une famille chan, deux sœurs septuagénaires tiennent la baraque et sont vraiment marrantes : habillées en costume traditionnel elles s’occupent de tout et sont d’une gentillesse qui contraste avec le côté noeud-noeud de notre guide qui n’arrive toujours pas à être sérieux 2 minutes quand il s’agit de sécurité..

Salade de feuilles de thé.
Salade de feuilles de thé.

On se balade dans le village et en effet les soldats sont bel et bien présents… Les locaux sont ravis de venir nous parler et se prêtent à quelques séquences photos amusantes.

Village Shan.
Village Shan.
Trek de Hsipaw, Village Shan.
Trek de Hsipaw, Village Shan.
Trek de Hsipaw, Village Shan.
Trek de Hsipaw, Village Shan.

On mange très bien même si il faut passer la barrière psychologique des épinards /feuilles vertes au petit déjeuner.

Petit déjeuner, Trek de Hsipaw, Village Shan.
Petit déjeuner, Trek de Hsipaw, Village Shan.
Trek de Hsipaw.
Trek de Hsipaw.

Le lendemain toujours aussi peu rassurés par le guide qui nous dit que les rebelles sont tout prêt mais en même temps un peu loin, en cessez le feu mais en fait peut être pas (si l’idée d’agir par surprise leur montait soudainement à la tête..).IMG_5078

 C’est un conflit interne donc on ne se sent pas non plus en danger extrême mais le guide par son flegme et sa nonchalance fait flipper l’ensemble du groupe.

On reprend la même route qu’à l’aller en passant toujours plus près des flammes, autant vous dire que les paysages n’ont pas changé depuis la veille..  IMG_5098

Retour au bercail, on reprend nos habitudes chez Mr Shake avant de finir l’après midi dans des sources chaudes à 1h de marche. Je me réveille aux aurores le lendemain matin pour aller voir le morning market, qui a lieu tous les jours entre 2h et 5h du matin.. L’ambiance est très marrante même si la pénombre et les chiens errants pour y accéder un peu moins. Les stands sont éclairés à la flamme, et le marché est blindé il est 4h20.. Normal..

Marché de Nuit, Hsipaw.
Marché de Nuit, Hsipaw.

On enchaine sur un bus de jour qu’on paye 2 fois plus cher qu’à l’aller mais qui n’a ni climatisation, ni chauffeur compétent mais plutôt un poivrot qui crache sa noix de bétel toutes les 5 minutes. Pour tout vous dire, question vitesse il n’y a pas trop de soucis, mais on ne peut pas dire qu’on soit en confiance absolue. Le type à ma droite, la cinquantaine bien tapée, sirote sa troisième fiole de whisky de la matinée.. Est il utile de préciser qu’il est 11h du matin.

Topo noix de bétel : la noix de bétel, plus exactement noix d’arec, est un peu à la Birmanie ce que la baguette est à notre cher patrimoine gastronomique : une institution. On tempère tout de suite : c’est franchement vraiment moins classe, elle est cachée dans une feuille d’arbre verte, couverte de chaux, et utilisée avec un peu de citron et beaucoup de salive. Résultat du compte : elle donne les dents rouge de chez rouge, esquinte les gencives au point que beaucoup de dentition sont à deux doigts d’être déchaussées, et pour couronner le tout, tout le monde crache par terre, c’est rouge vif et cela colore de manière indélébile la chaussée. On ne vous parle pas du sourire de tombeur qu’elle engendre, où l’on se demande si l’utilisateur ne vient pas de se prendre un uppercut du droit..

Apres une toute petite heure de conduite nous avons le droit à un arrêt de 45 min pour manger … Suivi  quelques heures plus tard d’un arrêt lavage du bus et refroidissement des plaquettes de frein.. à la locale.., d’un arrêt pipi chauffeur et je vous en passe !

Refroidissement des plaquettes de frein..
Refroidissement des plaquettes de frein avec un tuyau d’arrosage..

Au lieu des 5h prévues nous en avons mis presque 9:00, nous qui pensions devoir attendre à Mandalay ! Evitez la compagnie AA Express..

On doit vite se dépêcher pour aller acheter nos billets de train, car nous voulons tenter l’expérience train de nuit en Birmanie, au moment de payer on comprend qu’il n’y a qu’une seule classe : la First, cool ! Mais le prix est dérisoire 1800 K (1,5€) alors que le bus est 10 fois plus cher … J’ai peur de ce qui nous attend ! En descendant sur le quai Octave n’est pas forcément plus rassuré sur la qualité de la nuit qu’on risque de passer, des familles entières avec leur maison en baluchon sont la dormant par terre et attendant le train, nous sommes les seuls touristes et clairement les locaux nous dévisagent :-)

Le temps pour nous de se prendre un curry et de découvrir une nouvelle tradition : alors qu’à Paris le déclenchement de baffe serait quasi automatique, ici pour appeler les serveuses il faut faire un bruit de bisous. Un peu comme Tarkan dans kiss-kiss pour ceux qui n’ont pas honte de leur (culture) bibliothèque musicale.. Le décalage est pour nous assez marrant.

On ne va pas vous mentir on a failli partir prendre un bus de nuit plus confort en voyant le vétuste wagon de métro japonais des années 70 qui allait nous servir d’auberge arriver à quai. Les sièges ne sont pas inclinables, les banquettes font 60cm de large pour deux personnes, et l’espace pour les jambes rivalise avec les carrés du métro parisien.. On est bien..

Ambiance collés-sérrés..
Ambiance collés-sérrés..

On se colle un coup de pied aux fesses pour tenter quand même l’aventure, et même si la nuit ne fut pas des meilleures, nous avons réussi à fermer l’oeil et à ne pas nous réveiller pendant les 2H30 d’arrêt réparation de la locomotive à 3h du matin, ni à se faire intoxiquer par les émanations de décharges et les cendres des brulis nous parvenant par les fenêtres grandes ouvertes. C’était folko, on ne le conseille et ne le referons surement pas, mais c’était vraiment local.. Les heures de retard accumulés nous permettent d’atteindre Bagan à 6h30 du matin, ce qui est relativement raisonnable. Le voyage est lui dépaysant, en 4ème dimension tant les wagons sont brinquebalants, et avec l’impossibilité de circuler dans le train, les familles dormant sur leur paillasse étalées à même le sol..

 On vous embrasse, c’est pas qu’on est Paris maintenant, et qu’avec le retard accumulé, demain on bosse tous les 2, ça pique..

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